Compassion

Elle lève les yeux vers lui, pleins d’espoir. Il est fâché, bon, mais ça lui fait toujours quelque chose quand elle prend son air de contrition absolue™. Ça se travaille, attention ; elle a passé du temps devant le miroir. Tout est dans le regard, la petite moue. Il faut en faire juste assez, sans en faire trop, sinon ça ne fait pas sincère. De toute façon, sincère, elle l’est : elle est vraiment désolée qu’il soit fâché.

Il la regarde dans les yeux, les sourcils froncés. Elle se mord un peu la lèvre, baisse les yeux et pousse un adorable petit “désolée”. Il lève les yeux au ciel et soupire.

« Parfois, j’ai l’impression que tu le fais exprès…

— Non…

— Parfois ?

— Non, je t’assure… Sinon je te demanderais juste de me fesser…

— Ben oui, tu vois, ça te plaît.

— Ça ne me plaît pas que tu sois fâché…

— Alors pourquoi est-ce que tu ne fais pas attention ?

— Mais je ne fais pas exprès…

— Non mais justement, je te demande de faire plus attention.

— J’essaye…

— C’est ce que tu me dis, oui.

— Mais c’est vrai ! Je te promets… »

Elle relève les yeux, toute la misère du monde dans son regard. Ses doigts jouent nerveusement avec le tissu de sa robe.

« Qu’est ce que je peux faire pour que tu me pardonnes ?

— Ne pas recommencer.

— Je vais essayer… Tu sais ça…

— J’espère…

— C’est tout, alors ?

— Comment ça ?

— Pour que tu me pardonnes…

— Après ta fessée ?

— Ou peut-être… à la place ?

— Non, Julie.

— Je ferais tout ce que tu voudras…

— Je veux que tu sois sage…

— Tout…

— Non.

— Un costume de soubrette ?

— Mais n’importe quoi, toi…

— Ou d’infirmière, ou d’hôtesse de l’air, ou…

— T’as fini, oui ?

— Pardon…

— Allez, viens.

— Attends… Si je fais la cuisine pendant un mois ? Et les courses ?

— Tu vas mettre de l’arsenic dedans ?

— T’es méchant…

— D’où l’arsenic…

— Pfff… Je veux juste te faire plaisir et toi…

— Si tu veux me faire plaisir, c’est facile, je te l’ai dit : sois sage.

— D’accord… »

Dernière chance, elle sort l’artillerie lourde. Elle va se blottir contre son torse, les mains sur sa poitrine. Elle pose sa tête sur lui. Elle ronronnerait presque. Malgré lui, il passe ses bras autour d’elle. Elle murmure quelque chose d’inaudible.

« Quoi ?

— J’ai pas envie d’être punie.

— Tu sais pourquoi tu l’es.

— Oui, et je regrette…

— Il fallait y penser avant, Julie…

— Je suis bête, c’est tout, je ne réfléchis pas…

— Mais non, tu n’es pas bête, tu le sais bien.

— Je fais de mon mieux… Et tu n’es pas content…

— Mais si, souvent.

— Juste pour cette fois, s’il te plaît…

— De ?

— Pas de fessée… On… On pourrait juste rester sur le canapé, juste se faire un câlin…

— Sans ton costume de soubrette ?

— Arrête… Juste me lover contre toi, te faire des bisous… S’il te plaît…»

Elle se met sur la pointe des pieds pour l’embrasser tendrement. Il passe sa main sur sa nuque, lui caresse les cheveux en l’embrassant encore. Cette fois-ci c’est bon, elle le tient.

« J’aime tellement quand tu es gentil… C’est pour ça que je t’aime.

— Ah, moi qui pensais que c’était parce que tu pouvais facilement me manipuler avec tes petits airs de Calimero…

— Euh… Non… C’est pas du tout ça…

— Tu n’es pas subtile, Julie…

— Bon… Et ça marche, tu crois ?

— Juste pour cette fois… »

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