Douleurs

Elle pleure. Des larmes chaudes ruissellent le long de ses joues et elle garde les yeux fermés, se mord la lèvre, serre les poings en attendant le prochain coup qui ne tarde pas. Elle entend le bruit aigu de la canne qui fend l’air, le claquement sec du bois fin contre sa peau. La douleur arrive comme un tison qui la brûle. Elle ne veut pas crier. Elle ne se rend pas compte qu’elle l’a déjà fait. Cinq. Cinq et tout ce qu’elle peut penser c’est qu’elle n’en supportera pas plus. Et pourtant. Six. Sept. Huit. Neuf. Dix. Il aime les comptes ronds. Onze… Elle pleure. Elle tape des pieds. Elle gémit, elle crie, elle sanglote, elle supplie. Ses mains restent devant elle, elle n’ose pas se protéger. Elle n’ose rien, elle est sage, elle promet.

Elle pleure. Sa respiration est haletante entre les sanglots. Il lui a mis sa culotte dans la bouche sous prétexte qu’elle faisait trop de bruit. S’il frappait moins fort, elle n’en serait pas là. Elle est penchée sur l’accoudoir du canapé, serrant un coussin humide de ses larmes. La ceinture tombe encore et encore, d’un côté, de l’autre. Il la tend entre chaque coup, se délecte du claquement sévère du cuir sur la peau. Elle garde les jambes tendues, croisées, les doigts de pieds recroquevillés. Elle serre les fesses, sans trop savoir si ça lui fait plus ou moins mal. Il ne compte pas. Il est visuel, aussi. Il couvre ses fesses uniformément, y laisse des marques sombres et douloureuses qu’elle gardera pour quelques jours. Elle serre les dents, elle est sage, elle promet.

Elle pleure. La brosse fait le va-et-vient d’une fesse à l’autre, y laissant sa morsure douloureuse. Ça claque, lourdement, bruyamment. Le bois s’écrase sur ses fesses, chaque coup plus douloureux que le précédent. Il est implacable, impitoyable, il ne lui laisse pas le temps de plaider, de réfléchir, de reprendre haleine. Elle s’agite sur ses genoux, fait de son mieux pour ne pas se dérober, la tête enfoncée dans le tissu du canapé. Elle veut que ça s’arrête, elle veut que ça s’arrête, elle veut que ça s’arrête. Il ne s’arrête pas. Ses jambes s’affolent, elle n’en peut plus. Elle agrippe son pantalon, gémit. Elle sait qu’elle mérite chaque coup. Elle supplie, elle est sage, elle promet.

Elle pleure. Il la tient dans ses bras. Ses mains passent dans ses cheveux, doucement. Il lui dit qu’il l’aime. Il lui dit qu’il la croit. Il lui dit qu’elle fera mieux la prochaine fois. Elle s’accroche, elle s’agrippe à lui. Elle veut qu’il la serre plus fort et qu’il ne la laisse jamais partir. Elle essaye d’endiguer ses larmes sans le moindre effet. Il la laisse pleurer, il lui répète qu’il n’est pas fâché, qu’il n’est plus fâché. Il a confiance en elle, elle fait des efforts, il le sait. Elle hoche la tête, elle le serre. Elle ne veut rien d’autre. Elle l’aime, elle sera sage, elle promet.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s