Réflexions

« Ben qu’est ce qu’il y a ? Ça ne va pas ?

— Mmmmh ?

— Je sais pas, tu as l’air tout triste.

— Non non, ça va.

— T’es sûr ?

— Oui oui.

— On m’a toujours dit que quand les gens disent «oui oui», ça veut dire non, en fait.

— Ouais bah là, ça veut dire oui, ok ?

— Bah te fâche pas…

— Je ne suis pas fâché.

— Tu veux pas en parler ?

— Julie !

— D’accord, d’accord. Tout va bien.

— Voilà. »

Elle se tait et attrape un coussin qu’elle prend dans ses bras.

« Si je faisais cette tête tu m’inonderais de questions jusqu’à ce que je te dise.

— N’importe quoi, je ne fais pas ça.

— Ah si, tu fais ça !

— Non…

— Ah si, si, tu es têtu.

— Sûrement pas autant que toi.

— Ah bah quand tu t’y mets…

— Pfff…

— Et tu sais bien que j’aime pas ça, en plus.

— Si t’aimes pas ça, pourquoi tu fais pareil ?

— Parce que ça m’inquiète de te voir comme ça…

— Julie… Ça va, je te dis…

— Je croyais qu’on se disait tout ?…

— Arrête, Ça n’a aucun rapport…

— Aucun rapport ? Il y a quelque chose, et je le vois bien.

— Moui…

— Et tu ne me dis pas quoi…

— Moui…

— Alors que tu me dis tout…

— …

— Donc ?

— C’est rien…

— Je te préviens, si tu me sors que c’est parce que la France a fait match nul, c’est toi qui te prends une fessée !

— Hahaha, n’importe quoi ! »

Il a un petit sourire, c’est déjà ça de pris. Elle se love contre lui, lui passe la main sur le torse, doucement.

« Tu me dis ?

— C’est rien, c’est bête.

— Ah bah si c’est bête, ce n’est pas rien, déjà.

— Tu vas jouer sur les mots ?

— Tu m’as bien formée, hein ?

— Rhooo…

— Je t’écoute, jeune homme !

— Non mais c’est quoi cette voix ?

— Ben… C’est toi quand t’es fâché.

— J’ai l’air constipé quand je suis fâché ?

— Ah bah merci… »

Elle fait la moue.

« Bon, tu me dis ?

— C’est juste que…

— Oui ?

— Tu crois que c’est normal, tout ça ?

— Tout ça quoi ?

— Ben nous, toi et moi…

— Quoi, toi et moi ?

— Notre relation…

— Ah… Ben oui, c’est normal que tu m’aimes à mourir, je suis géniale ! Tu as d’autres questions ?

— Julie… Je suis sérieux…

— Pardon… Qu’est ce qui te tracasse ?

— Tu crois que c’est normal que ça m’excite de te taper dessus ?

— Euh… Normal, j’en sais rien mais on s’en fiche, non ?

— Tu crois ?

— Je ne me plains pas…

— Un peu quand même…

— Oh mais c’est pour la forme, ça… »

Elle lui sourit et caresse son bras d’ours. Elle aime bien, elle trouve ça marrant de tracer des motifs dessus.

« Je ne suis pas une femme battue, hein, j’ai choisi.

— Choisi ?…

— Ce genre de relation ? Ça se fait à deux, non ?

— Oui. Bien sûr.

— Alors pourquoi tu t’inquiètes ?

— Tu crois que je suis un monstre ?

— Pardon ?

— Ben… J’aime la violence. Ça me fait bander de te taper dessus. J’aime voir des marques et des bleus sur tes fesses ; c’est pas normal, ça.

— Normal, normal, on s’en fiche de ce que les autres pensent.

— Je ne sais pas…

— Moi je ne vais pas voir ce qu’ils font au pieu, je fais ce que je veux dans le mien, et ça me va très bien comme ça. Et puis tu n’es pas une brute, tu t’occupes de moi.

— Oui enfin ça…

— Quoi ?

— Je pourrais m’occuper de toi sans te faire mal.

— Et moi, là-dedans ? Si j’ai envie d’être fessée ?

— Bah oui mais…

— Ah mais rien du tout, mon petit monsieur, on est au vingt-et-unième siècle ; mes fesses, j’en fais c’que j’veux.

— Oui m’dame.

— Là, très bien, je préfère ça. »

Elle lui pose un baiser sur les lèvres.

« Moi, tu me rends heureuse. Avec tes baisers autant qu’avec tes grosses paluches.

— Oui ?

— Promis.

— D’accord…

— Et tu sais ce qui me rend heureuse aussi ?

— Quoi ?

— C’est quand tu fais la cuisine. D’ailleurs, c’est ton tour ! »

 

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Désordre

« Non mais Julie, c’est vraiment plus possible là.

— Bah quoi ? Je travaille !

— Non mais tu as vu l’état de ton bureau ?

— Oui bah…

— C’est pas croyable…

— Ben je m’y retrouve, moi…

— Vraiment ? Et ça, c’est quoi ?

— Ben… Un Fémina…

— Et ça ?

— Un rappel de facture… Te fâche pas, je m’en suis occupée !

— Mouais… Et ça ?

— Ça ressemble au compte-rendu du mois dernier…

— Et c’est normal que ce soit avec une pub de Picard ?

— Euh…

— Et la pile là ?

— Ah ça, c’est rien…

— C’est rien ?

— Juste des archives, il faut que je les ramène…

— Depuis ?

— Euh… Quelques mois… »

Il ferme les yeux, se pince la racine du nez et laisse échapper un long soupir.

« Au final, pour travailler, là…

— Oui ?

— Tu as besoin de quoi ?

— Ben ce dossier, là…

— Et ?

— Euh…

— C’est tout ?

— Ben… Oui ?

— Mais… Tout le reste ?

— Oh bah tu sais…

— Tu vas me ranger ça.

— Oui oui…

— Aujourd’hui.

— Ah…

— C’est bien compris ?

— T’es sûr ?…

— C’est bien compris, Julie ?

— Oui… J’ai compris… »

A sa grande surprise, le bureau est impeccable quand il y repasse plus tard dans la journée. Pas un papier qui traîne, un unique dossier sur la table près de l’ordinateur, tous les crayons et stylos dans un pot. L’agrafeuse est alignée avec le plan de travail. Elle se tourne vers lui.

« Coucou mon chéri ! Tu vois ? C’est tout propre !

— Ah bah je vois ça ! C’est bien, ma grande.

— Tu es content ?

— Ah bah là, oui, très ! Où sont tous tes trucs ?

— J’en ai mis dans la voiture, pour les ramener demain, et sinon ben… J’ai rangé, quoi.

— D’accord. Tu as trouvé de la place dans les placards ?

— Oui oui…

— Celui-ci ?

— Euh… Oui ? Tu me fais un bisou ? J’ai mérité, non ? »

Il sourit et s’avance vers elle pour l’embrasser. Elle voit son expression changer à mi chemin et il bifurque vers l’armoire qu’il ouvre en grand d’un seul geste. Comme dans un dessin animé, le contenu de l’armoire se déverse sur lui et vient d’écraser à ses pieds. Il se penche et ramasse un prospectus de chez Auchan. Il reste face à l’armoire. A ses épaules tendues, elle voit qu’il est furieux.

« Tu te fiches de moi ? »

Elle n’ose pas répondre et baisse la tête. Il se retourne, vas au bureau et balance le prospectus sur la table.

« Alors ?

— Je…

— Oui ?

— Tu m’avais dit de ranger le bureau…

— Et ?

— Ben y a rien sur le bureau, là… »

Il pointe le tas de paperasse en ruine au pied de l’armoire.

« Et ça, c’est quoi ? Hein ?

— Ben c’est pas sur le bureau…

— Est-ce que c’est rangé ?

— Bah là… non, forcément…

— Tu trouves ça drôle ?

— Non…

— Tu penses que bourrer un armoire de tout ton bazar c’est ranger ?

— Il n’y avait pas la place… »

Il jette un oeil vers l’autre armoire, de l’autre côté de la pièce et secoue la tête d’un air dépité.

« Allonge-toi sur le bureau.

— Non… S’il te plaît…

— Maintenant ! »

 

À quatre pattes, elle ramasse et trie les papiers par terre. Elle n’a qu’un t-shirt sur elle ; il ne l’a pas laissée se rhabiller. Elle sait qu’il l’observe, assis sur la chaise. Il en profite bien. Ses fesses sont brûlantes, elle sent les marques qu’il y a laissé. La piscine lundi avec Sophie et Véro, elle peut oublier. Elle va leur proposer une restau ou quelque chose. Enfin, si elle peut s’asseoir… Pfff… Elle s’y retrouvait très bien, dans son fatras. Bon, ça lui prenait du temps de faire en sorte que les piles ne s’écroulent pas, mais quand même… Tiens, promo sur la Häagen-Dazs, ça lui ferait du bien aux fesses. Ah non, c’était en février… Pfff, il a raison, et ça l’énerve. Puis elle sent bien son regard qui se balade sur ses fesses nues, son entrejambe, ses cuisses… Comment est-ce qu’elle est censée se concentrer ?

Elle termine de trier les papiers. Il est debout, derrière elle. Elle se retourne vers lui.

« Je peux m’habiller ?

— Ah bah je ne sais pas pourquoi, mais tous tes portes-jarretelles et tes bas sont tombés de l’armoire, dans la chambre… Je pense qu’ils n’étaient pas bien rangés… Il va falloir les trier, et tout… Tu m’aides ? »

Compassion

Elle lève les yeux vers lui, pleins d’espoir. Il est fâché, bon, mais ça lui fait toujours quelque chose quand elle prend son air de contrition absolue™. Ça se travaille, attention ; elle a passé du temps devant le miroir. Tout est dans le regard, la petite moue. Il faut en faire juste assez, sans en faire trop, sinon ça ne fait pas sincère. De toute façon, sincère, elle l’est : elle est vraiment désolée qu’il soit fâché.

Il la regarde dans les yeux, les sourcils froncés. Elle se mord un peu la lèvre, baisse les yeux et pousse un adorable petit “désolée”. Il lève les yeux au ciel et soupire.

« Parfois, j’ai l’impression que tu le fais exprès…

— Non…

— Parfois ?

— Non, je t’assure… Sinon je te demanderais juste de me fesser…

— Ben oui, tu vois, ça te plaît.

— Ça ne me plaît pas que tu sois fâché…

— Alors pourquoi est-ce que tu ne fais pas attention ?

— Mais je ne fais pas exprès…

— Non mais justement, je te demande de faire plus attention.

— J’essaye…

— C’est ce que tu me dis, oui.

— Mais c’est vrai ! Je te promets… »

Elle relève les yeux, toute la misère du monde dans son regard. Ses doigts jouent nerveusement avec le tissu de sa robe.

« Qu’est ce que je peux faire pour que tu me pardonnes ?

— Ne pas recommencer.

— Je vais essayer… Tu sais ça…

— J’espère…

— C’est tout, alors ?

— Comment ça ?

— Pour que tu me pardonnes…

— Après ta fessée ?

— Ou peut-être… à la place ?

— Non, Julie.

— Je ferais tout ce que tu voudras…

— Je veux que tu sois sage…

— Tout…

— Non.

— Un costume de soubrette ?

— Mais n’importe quoi, toi…

— Ou d’infirmière, ou d’hôtesse de l’air, ou…

— T’as fini, oui ?

— Pardon…

— Allez, viens.

— Attends… Si je fais la cuisine pendant un mois ? Et les courses ?

— Tu vas mettre de l’arsenic dedans ?

— T’es méchant…

— D’où l’arsenic…

— Pfff… Je veux juste te faire plaisir et toi…

— Si tu veux me faire plaisir, c’est facile, je te l’ai dit : sois sage.

— D’accord… »

Dernière chance, elle sort l’artillerie lourde. Elle va se blottir contre son torse, les mains sur sa poitrine. Elle pose sa tête sur lui. Elle ronronnerait presque. Malgré lui, il passe ses bras autour d’elle. Elle murmure quelque chose d’inaudible.

« Quoi ?

— J’ai pas envie d’être punie.

— Tu sais pourquoi tu l’es.

— Oui, et je regrette…

— Il fallait y penser avant, Julie…

— Je suis bête, c’est tout, je ne réfléchis pas…

— Mais non, tu n’es pas bête, tu le sais bien.

— Je fais de mon mieux… Et tu n’es pas content…

— Mais si, souvent.

— Juste pour cette fois, s’il te plaît…

— De ?

— Pas de fessée… On… On pourrait juste rester sur le canapé, juste se faire un câlin…

— Sans ton costume de soubrette ?

— Arrête… Juste me lover contre toi, te faire des bisous… S’il te plaît…»

Elle se met sur la pointe des pieds pour l’embrasser tendrement. Il passe sa main sur sa nuque, lui caresse les cheveux en l’embrassant encore. Cette fois-ci c’est bon, elle le tient.

« J’aime tellement quand tu es gentil… C’est pour ça que je t’aime.

— Ah, moi qui pensais que c’était parce que tu pouvais facilement me manipuler avec tes petits airs de Calimero…

— Euh… Non… C’est pas du tout ça…

— Tu n’es pas subtile, Julie…

— Bon… Et ça marche, tu crois ?

— Juste pour cette fois… »

Envies

Elle en a envie. Là, maintenant. Elle veut qu’il la prenne. Sur ses genoux, d’abord. Qu’il retrousse sa courte robe d’été d’un geste sec. Pas de blabla, une punition dans les règles. Elle veut le sentir attraper sa culotte, la baisser aux genoux, puis ses mains couvrant ses fesses de claques entrecoupées de caresses. Elle veut sentir son pantalon se tendre sous elle, sous son ventre, alors qu’il la fesse sans merci. Elle veut entendre sa respiration se faire plus haletante, comme la sienne. Elle aime ses bras, ses mains qui peuvent être douces et dures à la fois. Elle aime être sur ses genoux, impotente, soumise. Elle veut qu’il la maintienne en position, qu’il lui prenne le poignet ou le bras, qu’il le lui coince dans le dos pour l’empêcher de protéger ses pauvres fesses. Elle aime savoir qui commande, qui mène la danse. Il lui passerait la main sur l’entrejambe, lui ferait un commentaire sur l’effet qu’il lui fait. Il en est fier, elle le sait. Elle ne peut pas s’empêcher, dès qu’elle est dans ses bras… Alors sur ses genoux…

Elle crierait, elle gémirait, elle le supplierait. Il n’en aurait rien à faire. Des claques bruyantes, des cris, des petits “nons”. Il continuerait. Longtemps. Elle veut du rouge, elle veut que ça marque, qu’elle le sente longtemps. Il la ferait se lever, admirerait son oeuvre. Il aime lui faire voir, devant le miroir, en photo. Un artiste, il est fier. Elle en a toujours le souffle un peu coupé — ce sont mes fesses ? Si rouges ?

Puis il l’allongerait sur le lit, le temps de défaire sa ceinture —la noire, la plus large, celle qui marque— et il la fouetterait jusqu’aux larmes. Elle sait que ça lui plaît, les larmes, même si ça n’arrive pas souvent. Il aime le goût salé quand il l’embrasse après. Elle sait que ça l’excite encore plus. Elle aime ses penchants.

Elle veut ses mains sur son corps, sur sa taille, ses hanches, sur ses seins nus, sa robe sur le sol de la chambre. Elle veut que sa bouche l’explore, elle le veut entre ses cuisses, sur elle, en elle. Elle veut sa peau contre la sienne. Hors de question qu’il garde sa chemise, elle veut pouvoir sentir sa peau, y enfoncer ses ongles. Elle veut sentir son souffle à son oreille, ses muscles qui se tendent, elle veut qu’il la serre, fort, elle veut le faire jouir.

Lui ? Il regarde le match. France-Pérou, puis l’Argentine après, apparemment. “Pas ce soir”, il lui a dit. Pfff…

Au coin

« Je reviens.

— Tu vas où ?

— Tu verras.

— Tu fais vite ?

— Tu verras…

— S’il te plaît… “

Nue, les mains sur la tête, elle attend. Elle n’ose pas bouger : la dernière fois, ça lui a valu une avalanche de coups sur ses fesses déjà endolories. Il l’a mise face au mur, devant une photo de leur mariage. C’est pas très sympa, ça lui rappelle toutes les promesses qu’ils se sont faites. Il va sans doute aller chercher un instrument quelconque… Il aime bien ça, la nouveauté. Elle a eu le droit aux classiques, ceinture, brosses, cuillères et spatules, même des chaussons et des tongs… La télécommande, une fois, quand elle n’arrêtait pas de zapper ; ça, elle n’a vraiment pas aimé. Enfin, c’est pas comme si le reste lui faisait envie… Ah, il y est allé à la règle aussi, en plastique, en bois… Il n’a pas osé le métal (et puis quoi encore !), mais le côté écolière, ça ne lui plaît pas trop. Enfin, les petites jupes, oui… mais de toute façon, les couettes ou les tresses, c’est hors de question, elle l’a prévenu.

Quoi d’autre ? Une raquette de ping-pong (ça va), un paddle en cuir (ça ne va pas), un martinet (bof), une cravache (perdue dans le déménagement, quel dommaaaaage)… Il n’a pas testé la canne encore. Elle n’y tient pas. Les gros paddles en bois, ça lui fait peur. C’est pas trop son style, lui, heureusement. Enfin, il dit ça mais au final… Il aime bien tester, quoi. Elle se demande ce qu’il va bien pouvoir trouver.

Il est long, pfff… Mais qu’est-ce qu’il fiche ? Même dans sa tête, elle ne dit plus “foutre”, ça lui a valu bien trop de passages sur ses genoux, ou même de claques impromptues dans la rue en attendant de régler ça en rentrant. Il est un peu à cheval sur la politesse. Elle trouve ça mignon. Ça la fait un peu suer parfois, aussi. Ah ça, les “purées” et les “mercredis”, elle est rodée. Au moins, quand ils auront des enfants…

Bon. Elle a mal aux bras. Elle voudrait tourner la tête, mais si ça se trouve, il est assis derrière, à attendre la faute… Il n’est pas méchant mais il veut qu’elle obéisse, et parfois, il la teste un peu. Avec la musique, elle ne l’entendrait pas… En même temps, c’est nul, le coin. Ça ne sert à rien. Enfin si, à la faire ch… suer. Elle est sûre qu’il aime ça, savoir que ça l’embête. Elle change d’appui. C’est peut-être ça sa technique ? Lui faire autant mal aux pieds qu’aux fesses ?

Les minutes passent. Elles sont longues. Elle a envie de chantonner. Elle a du Coldplay dans la tête. Fix you. C’est pas très gai. Elle change. Placebo, Pure Morning. C’est mieux. Ils les ont vus en concert, c’était bien cool mais ils ne l’avaient pas jouée. Elle était déçue. Mêmes dans ses pensées, elle zappe. Muse ? Non, pas d’humeur. Keane ? Elle aime bien, mais elle a trop entendu. Sixpence quelque chose… Kiss Me. Elle adore, et puis c’est de circonstance, elle aimerait bien des bisous, là. Elle ne peut pas s’empêcher de chantonner. Forcément, il choisit ce moment pour revenir.

« Ah bah ça va, je vois que ça ne dérange pas trop, le coin, finalement ?

— Pfff… Mais non, c’est pas ça…

— Il faudra que je t’y envoie plus souvent…

— Non non. »

Elle ne s’est pas retournée, elle résiste.

« Tu as trouvé ce que tu cherchais ?

— Tu crois que je cherchais quelque chose ?

— C’était long…

— Boh, une dizaine de minutes…

— Tu plaisantes ? Ça fait dix mille ans que je suis là…

— Ah oui, quand même… Tu veux de la crème anti-ride ?

— Gna gna gna…

— Dis donc, toi ? C’est de l’insolence que j’entends ?

— Ah non ! C’est toi qui te moques… »

Elle l’entend s’approcher. Sa respiration s’accélère un peu, elle attend les claques. Elle ferme les yeux. Il passe ses bras autour d’elle, par derrière, et cale sa tête sur son épaule. Il lui embrasse le cou, tendrement. Elle baisse les bras, hésitante, et pose ses mains sur les siennes croisées. Elle ne dit rien et penche légèrement la tête vers la sienne. Elle est bien. Elle resterait comme ça pendant des heures. Dix mille ans. Rien que pour ces moments-là, le coin, ça vaut le coup.

Une lettre

Paris, le 14 juin

Mon chéri,

Je sais que je ne fais pas toujours tout comme il faut, loin de là. Je peux être impulsive, je peux être casse-pieds, je peux être fatigante, insolente, bordélique, un peu grossière parfois, j’oublie souvent des choses… Je sais que parfois, je te déçois ; parfois, je te fais honte ; parfois, tu es furieux contre moi ; parfois, je te rends juste triste ; parfois, tu dois te demander si je le fais exprès. Quand j’y pense, ça ne doit pas être facile tous les jours de me supporter, même avec mes bisous.

Et pourtant, tu restes, tu me grondes, tu me punis, tu me mets au coin, tu me donne des devoirs, tu me fesses —tu me fesses beaucoup, quand même—, tu me prives de dîner ou de culotte, tu me fais pleurer, tu me fais regretter mes bêtises. Tu t’occupes de moi, au final ; tu en as quelque chose à faire, et tu me rends meilleure de jour en jour. Tu ne te rends pas compte d’à quel point j’en ai besoin, de tout ça, et d’à quel point je t’en suis reconnaissante.

Alors, je voulais juste te remercier d’être là pour moi, de ne pas m’abandonner. Je me plains sans doute beaucoup, mais tu es patient avec moi, sévère quand j’en ai besoin, tendre quand il faut, et un peu des deux au quotidien. À ta place, je serais partie depuis bien longtemps, j’aurai trouvé une petite nana sans histoires qui ne te ferait pas tourner chèvre, qui ferait mieux la cuisine, qui oserait tout au plumard, qui ne laisserait pas traîner ses affaires partout… Le rêve, quoi. Mais toi, tu restes. Tu restes et, quand tu m’as assez punie, tu me prends dans tes bras . Tu me dis que tu m’aimes, tu me dis même que tu es fier de moi.

Merci, mon chéri, merci d’être exactement l’homme dont j’ai besoin, merci de me faire faire des efforts tous les jours. Je veux que tu sois fier de moi, je veux que tu sois content, et je te promets que je ferais toujours de mon mieux, même s’il y aura des accidents et des petits détours sur la route. 

Je t’aime.

Julie

 

p.s. : j’ai fait une bêtise, mais je crois que tu ne m’en voudras pas trop d’avoir un peu explosé le budget lingerie ce mois-ci… Tu verras, c’est de la dentelle, c’est noir, et ça ira très bien avec du rouge vif en dessous…

Désobéissance

Il marche d’un pas rapide, le visage fermé, la traînant presque par la main. Clairement, il est fâché. Elle trottine sur ses talons en priant à chaque pas de ne pas se tordre une cheville.

«  S’il te plaît…

— Alors là, non, tu rêves.

— Mais c’est pas si grave…

— Quand je te dis de faire quelque chose, tu le fais.

— Mais j’aime pas…

— Et ? C’est toi qui décides de tes punitions, maintenant ?

— Non, mais…

— Mais quoi, Julie ?

— Mais j’aime pas…

— Et c’est peut-être le but, tu ne crois pas ?

— Oui bah j’aime pas…

— J’ai compris ça, oui.

— Te fâche pas…

— Je suis déjà fâché.

— Oui mais faut pas…

— Tu me désobéis et tu penses que je ne vais pas être fâché ?

— Si mais…

— Mais ?

— Mais c’est juste une culotte…

— Je t’ai dit quoi avant de partir ?

— De ne pas en mettre…

— Il me semble même que je te l’ai enlevée.

— Oui…

— Et toi, tu es allée la remettre derrière mon dos.

— Je ne pensais pas que tu remarquerais…

— Ah bah ça aura duré un petit moment…

— Si tu n’avais pas les mains baladeuses, aussi…

— Pardon ?

— Non mais ça, je ne me plains pas…

— Et donc, tu pensais juste que je n’allais pas remarquer ? Tu comptais faire quoi en rentrant, t’éclipser vite fait pour l’enlever ?

— J’avais pas réfléchi jusque-là…

— Tu n’as pas réfléchi…

— Non…

— C’est peut-être le problème… »

Ils sont de retour devant la porte de l’immeuble. Un coup de badge plus tard, ils sont dans le hall. La porte se referme bruyamment derrière lui.

« Tu l’enlèves.

— Quoi, maintenant ? Ici ?

— Maintenant.

— T’es fou ?

— Tu vas me désobéir une deuxième fois ?

— Non, mais…

— Mais rien du tout. Maintenant.

— Mais si quelqu’un descend ou quoi ?

— Tu préfères qu’ils tombent sur une fessée ?

— Parle pas si fort !

— Je vais compter jusqu’à trois.

— Non, non, c’est bon… »

Elle se penche et, soulevant sa jupe le moins possible, fait glisser sa culotte le long de ses jambes. Elle a le feu aux joues. Elle lui fait passer ses pieds et lui la tend.

« Voilà… On peut ressortir, maintenant ?

— Non.

— Hein ? Mais… »

Il pointe l’ascenseur du doigt.

« On a deux-trois choses à régler avant.

— On pourra faire ça en rentrant…

— On est rentré, là.

— Non, s’il te plaît… Je serai super sage, et j’ai pas de culotte, déjà.

— Comme ça devait être quand on est sorti.

— Tu ne vas pas me faire me balader avec les fesses rouges, en plus…

— Ce ne sera pas la première fois.

— Moui… Mais là…

— Tu n’avais qu’à obéir. »

Il appuie sur le bouton d’appel. Les portes s’ouvrent et il l’y emmène, la tenant par le bras. Déjà qu’en temps normal, les ascenseurs, elle n’aime pas trop ça… Elle n’en mène pas large. D’autant moins que les claques commencent déjà à tomber par-dessus sa jupe. Elle gémit, priant intérieurement pour que personne n’ait appelé l’ascenseur aux étages. Elle est sûre que tout l’immeuble entend le bruit des claques. Pourvus qu’ils soient tous chez eux, à écouter du hard-rock très, très fort. Avec sa fine jupe comme seule protection, elle sent que ses fesses sont déjà en train de rougir. Les portes s’ouvrent. Personne dans le couloir. Elle pousse un soupir de soulagement.

Il ferme la porte de leur appartement derrière eux et la mène jusqu’à la chambre. Sa brosse à cheveux est restée sur sa table de nuit. Il s’assoit sur le lit et lui indique ses genoux. Elle s’y love sans résister, soulève même sa jupe, espérant un peu de clémence. Le bois froid soulage très temporairement ses fesses déjà endolories. Il lève la brosse.

Une fois au coin, les mains sur la tête, des larmes coulant encore sur ses joues, les fesses comme un pivoine, elle l’entend approcher.

« Sur les sites que tu m’as montré, là…

— Oui ?…

— Ça a l’air assez commun, les plugs, ce genre de choses…

— Moui… Peut-être…

— Il paraît même qu’on peut sortir se balader avec. »

Elle rougit, se mord la lèvre et tourne la tête vers lui. Il a un grand sourire.

« Sans la culotte, ce sera déjà assez, je t’assure…

— Tu as voulu te ficher de moi, je ne vais pas laisser ça passer.

— Mais tu m’as punie…

— Oui, et donc je peux espérer que tu ne désobéiras plus ?

— Oui…

— Donc on va ressortir, et on va aller faire un petit tour dans un sex-shop, te trouver un joli petit cadeau.

— Très, très petit… S’il te plaît… »

Sage

Elle le regarde et murmure :

« J’ai été très sage cette semaine…

— Oui… C’est vrai.

— J’ai pas fait de bêtises.

— Non-non, c’est vrai.

— Et j’ai pas dit de gros mots.

— Oui, c’est bien.

— Et j’ai pas grignoté.

— En plus !

— Et j’ai fait attention aux dépenses.

— Oui, Julie, tu as été très sage, je sais ça.

— Tu es fier de moi, hein ?

— Oui, très fier, tu le sais bien. J’adore quand tu fais des efforts comme ça. »

Il l’embrasse tendrement, sa main posée sur sa nuque. Il la remonte et lui caresse doucement les cheveux.

« Il y a une raison pour laquelle tu me dis tout ça ? »

Elle détourne les yeux. Ses joues sont rouges.

« Non-non, je voulais juste des compliments et des bisous…

— Julie…

— Oui, mon cœur ?

— Tu ne sais pas mentir.

— Ah oui ? Pourquoi tu dis ça, mon chéri ?

— Parce-que je vois bien, là… »

Elle garde les yeux au sol.

« Regarde-moi dans les yeux et dis-moi que tu ne me caches rien ? »

Elle lève la tête et le regarde en se mordillant la lèvre.

« J’ai été sage…

— Promis ? »

Elle continue de le regarder, sans rien dire. Il scrute ses yeux gris-bleus.

« Julie ? Promis ?

— J’ai été sage…

— C’est pas ce que je te demande, là.

— Je sais…

— Qu’est-ce que tu as fait ? »

Silence à nouveau.

« Je finirai bien par savoir, et ce sera pire, donc dis-moi tout de suite…

— Mais ça compte, que j’aie été sage toute la semaine, hein ?

— Julie !

— Oui, oui, bon…

— Je t’écoute ?

— J’ai peut-être un peu oublié de faire ma déclaration de revenu…

— Un peu oublié ?

— Et…

— Ah ce n’est pas tout ?

— Non…

— Vas-y ?

— Je n’ai toujours pas pris de rendez-vous chez le podologue comme tu m’avais dit…

— Mais c’est pas possible… Ça fait trois semaines !

— Pardon…

— Rien d’autre, j’espère ?

— Ben…

— Tu te fiches de moi ?

— Non…

— Quoi, alors ?

— J’ai pas rappelé Sylvie pour le 29, là…

— On ne peut pas te faire confiance, vraiment…

— Non, dis pas ça…

— Ah bah je constate ?

— Je fais des efforts…

— Oui, sur certaines choses…

— Je le ferai demain, je te promets.

— C’est toujours demain avec toi.

— Je le ferai… »

Il soupire. Elle détourne le regard, fais une petite moue.

« Et puis euh…

— C’est une blague ? Il y a autre chose encore ?

— Moui…

— Je rêve…

— J’ai eu ma mère au téléphone…

— Ah non !

— Ben…

— Ah non, non, non…

— C’est juste pour une semaine…

— Une semaine ?!

— Je sais mais bon…

— Attends, tu te souviens de la dernière fois ? Le weekend, là ?

— Oui, je sais…

— Pffffff….

— Sois pas fâché…

— Donc, je récapitule : tu n’as toujours pas fait ta déclaration, tu n’as pas pris ton rendez-vous, tu n’as pas rappelé Sylvie, et en plus tes parents vont venir passer la semaine, c’est bien ça ?

— C’est ça… Mais…

— Mais ?

— Ben sinon j’ai été sage, hein ! »

Il pointe la table du doigt. Elle n’en rajoute pas et va s’y pencher. Elle entend le déclic de sa ceinture, le cuir qui frotte le tissus, la boucle qui tinte. Les premiers coups font déjà mal, même à travers le jean, des tisons qui viennent lui brûler les fesses. Elle ferme les yeux et serre les dents. Une dizaine de coups, son pantalon descend à ses chevilles, sa jolie culotte noire —elle est neuve— l’y rejoint.

Elle sent le cuir froid qui lui caresse les cuisses, les fesses. Les coups reprennent. Elle serre la nappe dans ses poings pour ne pas crier. Ce n’est pas suffisant. Elle a du mal à tenir en place, à ne pas mettre ses mains pour se protéger. Elle sait que ça ne ferait que l’énerver plus. Une pause. Elle se rend compte qu’elle retenait sa respiration et laisse échapper un long soupir. Sa respiration est haletante. Elle n’ose pas lui demander si c’est fini. Le coin, elle ne va pas y couper, elle le sait déjà. Elle a mal. Elle a honte. Elle sent qu’elle aura des bleus.

La boucle tinte et les coups s’abattent de nouveau. Ses fesses ne sont que douleur. Il frappe ses cuisses. Une fois. Deux fois. Elle n’en peut plus. Trois fois. Il s’arrête.

« Il faut que je te dise que je suis déçu ?

— Non, je le sais…

— Et ça te plaît ?

— Non… Tu sais bien que non…

— J’étais fier de toi…

— Je sais… Pardon…

— Ce n’est pas des excuses que je veux…

— Tu veux des bisous ?…

— Tu crois que c’est le moment ?

— Je suis vraiment désolé… Je te demande pardon… »

Elle se retourne vers lui et tente de l’embrasser. Il détourne la tête. Ça lui fait encore plus mal que les coups de ceinture.

« Ne me fais pas ça… »

Elle lui caresse la joue. Il tourne la tête vers elle. Il regarde ses grands yeux remplis de larmes. La ceinture tombe au sol et il l’embrasse tendrement, la serre dans ses bras.

« Merci…

— Quand même… T’abuses…

— Mes parents ?

— Surtout, oui…

— Je sais mais…

— Mais ?

— Je serai super sage ! »

Réveil

Elle éteint le réveil qui sonne sur son portable en grommelant et repose la tête sur son oreiller. Elle n’est pas du matin. Elle se retourne vers lui. Il  la regarde et passe sa main sur sa joue.

« Bonjour, toi… »

Elle fait une petite moue.

« Hmm… J’ai pas envie…

— T’as pas envie ?

— De me lever…

— Il va bien falloir…

— Ou alors… On peut rester là, tous les deux ?

— Ah oui, tu crois ?

— Oui… J’ai pas envie aujourd’hui… »

Il sourit.

« Tu n’as jamais envie de te lever, en même temps…

— Pfff… »

Elle se retourne vers sa table de nuit et prend son portable.

« Julie…

— Oui, je vais me lever… Juste deux minutes…. »

La première claque s’abat sans prévenir. Elle crie.

« Non ! S’il te plaît…

— Tu te rappelles ce qu’on a dit hier ?

— Oui… Mais j’ai plus envie… »

D’autres claques tombent, la font gémir.

« Je serai sage, je te promet…

— C’est bien pour ça que je le fais…

— Oui mais…

— Mais rien du tout, ma grande… Mets-toi sur le ventre.

— Je ne suis pas grande…

— Julie…»

Elle se tourne vers lui.

« Tu ne vas pas me faire ça tous les matins, hein ?

— Jusqu’à ce que tu sois sage, comme on a dit…

— Ah mais c’est bon, je suis très, très sage, hein.

— Oui oui… Sur le ventre, Julie…

— Non, tu vas me fesser…

— Et si tu n’obéis pas, ça va être pire… »

Elle lâche un petit gémissement et finit par faire ce qu’il lui dit. Il lui caresse la nuque, le dos.

« Ah bah non, hein, n’en profite pas !

— Tu vois, il y a du boulot ! »

Il descend sa main jusqu’à ses fesses et rajuste la culotte avant d’y poser une série de coups à pleine main. Elle enfonce sa tête dans son oreiller. Il continue, plus fort, alternant fesse gauche et fesse droite. La culotte ne la couvre pas longtemps. Elle gémit plus fort quand il recommence à la fesser.

« Donc, tu seras sage, aujourd’hui ?»

Elle lui répond, la tête toujours dans l’oreiller. Il claque plus fort. Sa tête se lève immédiatement.

« Oui oui oui oui oui oui oui ! Je serai sage ! Je serai sage !

— Promis ?

— Je vais essayer… »

Une nouvelle série de claques, chacune plus forte que l’autre. Elle crie

« Oui je serai sage, je te promets ! »

Sa main remonte le long de sa colonne vertébrale, lui caresse la nuque, les cheveux. Il se penche vers elle et l’embrasse tendrement.

« À la douche, jeune fille… »

Elle tourne la tête vers lui et le parcours du regard. Un de ses sourcils se lève. Elle lui sourit.

« Alors tu viens avec moi, je ne vais pas te laisser dans cet état… »

Sucré

« Voilàààà !»

Elle pose les assiettes sur la table —c’était son tour de faire la cuisine. Elle va remplir une carafe d’eau, la pose sur la table à son tour et s’assoit. Il y a de la musique douce en arrière-plan, elle lui fait un sourire, il le lui rend.

« Ça a l’air bon.

— Oui hein ? J’ai trouvé une recette, ça avait l’air sympa.

— Tu me dis ce qu’il y a dedans ?

— Ah bah non, goûte ! »

Il prend une bouchée et fait la grimace.

« C’était quoi ta recette, exactement, là ?

— Ben émincé de poulet aux épices, du riz et…

— C’est censé être sucré comme ça ?

— Hein ? Sucré ?

— Vas-y goûte… »

Elle regarde sa fourchette d’un air douteux et la porte à sa bouche. Elle recrache sa bouchée immédiatement dans son assiette.

« Ah, mais non, ne crache pas…

— Non mais t’as raison, c’est sucré, beurk.

— Il y avait du sucre dans la recette ?

— Ben non…

— Bah pourtant…

— Oui bah ça va, j’ai bien vu !

— Baisse d’un ton, Julie.

— Pardon… Mais tu te doutes bien que je n’ai pas fait exprès…

— Non enfin parfois les recettes…

— Quoi les recettes ? Si t’aimes pas quand je cuisine tu peux le faire tout le temps, hein !

— C’est pas ce que j’ai dit !

— Non mais tu sais toujours tout mieux que tout le monde alors…

— Julie, ça suffit ! »

Elle se tait et pousse son assiette. Il reprend.

« Tout ce que je disais, donc, c’est que parfois on trouve des recettes bizarres, c’est tout ; je ne remets pas en talent tes talents de cuisinière…

— Pfff, arrête, ça fait années 50…

— Tu veux être forcée de finir de ton assiette ?

— Non, ça va aller, merci…

— Alors tiens-toi, un peu, j’aime pas trop ton ton.

— Tonton qui ?

— Non, le ton que tu as.

— Ben c’est du poulet, en fait…

— Julie…

— Rhoo, ça va… »

Il prend les deux assiettes et va les vider dans la cuisine.

« Juliiiie ?

— Oui ?

— Viens voir. »

Elle arrive alors qu’il pose les assiettes sale dans l’évier. Il pointe le comptoir du doigt.

« Regarde.

— Quoi ?

— Ben là, sur le comptoir.

— Oui, bon, j’allais ranger après le repas, c’est bon…

— Mais non, regarde, le sucre, qu’est ce qu’il fait là ?

— Ben non, c’est le sel, ça.

— Ah bah tu vois, on a résolu le mystère…

— Mais…

— Julie…

— Oui ?

— Tu n’as pas tes lentilles, c’est ça ?

— …

— C’est ça ?

— J’avais mal aux yeux…

— Et tes lunettes ?

— Ben…

— Oui, je t’écoute ?

— Tu ne te fâches pas, hein ?

— Si tu me dis que tu les as encore cassées…

— Non…

— Quoi alors ?

— Ben… Elles sont pas perdues, hein… Je ne sais juste pas où elles sont…

— Oui, elles sont perdues, quoi.

— Moui… »

Elle baisse les yeux et n’ose rien ajouter. Il frotte les yeux et soupire.

« Si je refais à manger, tu ne me punis pas ?

— Mais c’est pas pour le poulet que je suis fâché, Julie…

— Non mais… Quand t’as faim t’es grognon…

— C’est surtout quand tu fais des bêtises que je suis grognon.

— Mais j’ai pas fait exprès !

— Encore heureux !

— Mais…

— Je t’ai dit qu’il fallait être plus attentive, Julie ! C’est ta combientième paire, cette année ?

— Troisième…

— Et l’année dernière ?

— Cinq…

— On croirait une gamine sur une cour de récré…

— Mais non… »

Elle voit son regard qui se dirige vers le pot de cuillères et d’ustensiles. Elle se mord la lèvre.

« Baisse ton pantalon.

— Non, s’il te plaît.

— Ne me fais pas répéter.

— S’il te plaît…

— Maintenant, Julie ! »

Elle s’exécute pendant qu’il prend une maryse en silicone. Elle sent un frisson lui courir le long de la colonne. Déjà que le bois, elle n’aime pas ça… Elle laisse le jean à mi-cuisse et pose ses mains sur le rebord de l’évier. Il pose la maryse près d’elle, comme une promesse de tourments à venir, et passe la main dans ses cheveux. Il les serre et lui tire la tête légèrement en arrière.

« J’en ai plus qu’assez de tes étourderies, c’est bien clair ?

— Aïe… Oui, c’est très clair…

— Plus de lunettes cassées ou perdues, plus d’oublis de choses importantes, plus de je n’ai pas fait exprès

— Tu veux que je fasse exprès ? »

La première claque tombe à gauche, sèche et douloureuse.

« Tu te fiches de moi, en plus ?

— Pardon… »

Il lui lâche les cheveux et pose sa main le long de son dos pour la maintenir en position. Une cinquantaine de claques plus tard, il attrape sa culotte et lui la baisse d’un coup sec. Il prend la maryse. Elle gémit.

« Non… Non non non… »

Rien n’y fait, les premiers coups enflamment ses fesses déjà endolories par les précédentes attentions. Elle crie, les larmes aux bords des yeux. Elle tape des pieds, serre l’évier plus fort, se cambre, serre les fesses, rien n’y fait, la douleur prend le dessus. Il continue, inexorable. Elle n’arrive plus à penser. Elle veut juste que ça s’arrête. Finalement, elle pleure, de grosses larmes qui tombent bruyamment dans l’évier.

Il y pose la maryse et passe doucement sa main sur ses fesses cramoisies. Elle se retourne, toujours sanglotante. Elle se love contre sa poitrine.

« Je suis désolée… Je ferai attention, je te promets…

— Tu vas aller au coin…

— Non…

— Le temps que je te fasse à manger.

— Moui…

— Et tu prends rendez-vous chez l’opticien demain…

— Oui…

— Tu n’oublieras pas ?

— Non, promis… Tu vas faire quoi à manger ?

— Vu ton goût pour le sucre… Porc au caramel ?»