Gare à toi

Il jette un regard à la ronde, puis à sa montre. Il n’y a pas grand monde sur le quai. Il marche quelques pas et consulte l’écran pour la dixième fois. C’est le bon. Le train est à l’heure. Il regarde sa montre de nouveau. 10 minutes. Il se retourne vers le banc sur lequel il a posé son sac et le bouquet. Pas trop de risques qu’on le lui vole, mais sait-on jamais.

Il y a un petit couple assis sur un autre banc, un peu plus loin. Ils ont l’air heureux. Elle lui manque. Même pour quelques jours, c’est dur de ne pas l’avoir entre ses bras. Et les messages, ce n’est pas la même chose. Il regarde ce que propose la machine. Du sucre, en gros. Du sucre en barre, du sucre en gélatine, du sucre à boire… Bon, il ne va pas se la jouer ministère de la santé mais quand même… Il hésite à lui acheter du coca. Elle aime le Coca, allez comprendre. Enfin non, elle adore ça, plutôt. Elle fait des offrandes quotidiennes au dieu du Coca, il en est certain. Ce qu’elle y gagne, il n’en sait trop rien, mais ça a l’air de lui réussir. Un train passe sur la voie d’en face. Céréales. Ça n’en finit pas, wagon après wagon. Les gens, c’est dans des voitures, mais la marchandise, c’est des wagons. Il aime bien les trains. Pas au point d’en avoir rêvé quand il était gosse, mais il adore les voyages en train. Un jour, ils feront le Transsibérien, il en rêve. Ou l’Orient Express, sinon. Ou les deux.

Il regarde la machine de nouveau. Pas de coca, de toute façon ils vont aller manger tout de suite. Elle aura faim, et son estomac à lui a déjà commencé à s’auto-digérer. Il y a un jardin pas loin, il les y voit déjà, à l’ombre, sur un banc. Il a Brassens dans la tête, maintenant. Il s’assied. Pas longtemps, il a la bougeotte. Si elle savait, elle se moquerait. Il rajuste le plastique autour des fleurs. Ça fait très cliché mais il espère que ça lui plaira quand même, son homme qui l’attends sur le quai de gare, le bouquet à la main. C’est romantique, et il aime à croire qu’il l’est un peu. Il se lève et vérifie qu’il est au bon endroit. Ils sont bien gentils, à la SNCF, mais mettre les écrans à l’équerre par rapport au quai, ça n’aide pas à se repérer. Voiture 18, elle a dit. ABCD… Moui, ça a l’air d’être ça. Il rajuste sa chemise. Pfff, il est presque stressé, il se croirait revenu à l’adolescence. Cinq minutes. Toujours pas grand monde sur le quai. Tant mieux, il ne risque pas de la rater.

D’ailleurs, romantique ou pas, il ne va pas la rater, dans un autre sens. Elle n’est partie que quelques jours et ça a suffi pour qu’elle fasse son quota de bêtises pour le mois. Il va la faire mariner un peu. Prendre son temps pour rentrer à la maison. Il lui a dit de mettre une robe pour rentrer, et il compte bien en profiter. Les jardins, c’est plein de petits recoins isolés, et il a déjà pensé à quelques rues tranquilles par lesquelles passer. Puis, de retour à la maison, il a déjà posé une sélection d’instruments sur la table basse, devant le canapé. Elle sait qu’elle sera punie, elle ne sait pas comment ou à quel point, mais elle sait. Elle est obéissante, quand même, elle confesse toujours ses errements. Il lui fait confiance, et ça lui fait plaisir qu’elle soit honnête avec lui. C’est la fondation de leur couple, il aime bien le lui dire. Elle lui manque. Deux minutes.

Peut-être qu’il lui demandera de se changer avant, tiens. Mettre des petits dessous. Après tout, il n’y a pas que la fessée qui lui fait très envie, là, il y a une ribambelle d’autres choses. Il aime bien qu’elle garde son soutien-gorge, ses bas… Le côté un peu « bourgeoise dévergondée », il adore. Il se lève et rajuste son pantalon. Pff… Un ado… Il prend les fleurs et laisse son sac. Le petit couple s’embrasse. Allez, elle sera bientôt là. La fameuse voix de la SNCF tonne. Il voit le train au loin. À l’heure ; comme quoi, ça arrive. Il passe les fleurs dans son dos. Arrivé là, autant faire cliché jusqu’au bout, et comme ça elle ne les verra pas par la fenêtre en attendant sagement de descendre.

Le train arrive en gare. Il s’arrête. Les portes s’ouvrent, les passagers commencent à descendre. Il jette un oeil vers les autres portes, en espérant avoir choisi la bonne. Les secondes lui semblent longues. Il espère qu’elle ne s’est pas endormie. Il se mord légèrement la lèvre. Non, la voilà. Sa Julie. Elle a un grand sourire. Il le lui retourne. Qu’est-ce qu’elle est belle. Il lui laisse les fleurs et prend sa valise.

« Tu verras, j’ai tout prévu ! »

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Luna

Elle essaye d’apercevoir ses yeux derrière ses lunettes de soleil. Elle se doute bien qu’il la fixe, et pas du regard un peu niais d’un amoureux transi. Elle incline légèrement la tête et tente de lui prendre la main. Il la retire.

« Ah non !

— Mais…

— Non.

— Mais si, viens…

— Julie, non, c’est non.

— Mais ce sera bien.

— Pour toi, oui.

— Mais ça va aller…

— Non. Tu peux y aller si tu veux, moi je reste là.

— Rhoo, mais allez, fais pas ta chochotte…

— Pardon ?

— C’est juste un manège, pfff… Regarde, il y a des gamins dessus…

— Et alors ?

— Des gamines aussi…

— Re et alors ?

— Ben…

— Oui ?

— Il est où mon mec tout dominant et tout sûr de lui ?

— N’importe quoi…

— Allez, ça va être marrant.

— Le mec tout dominant et tout sûr de lui avec du vomi plein la chemise, ça le fait moyen, Julie.

— T’es vraiment pas drôle…

— Non, mais je vais te regarder, vas-y.

— Ben, non, toute seule c’est nul.

— D’accord. Tu viens ?

— Où ?

— Ben plus loin ?

— Mais…

— Mais quoi ?

— S’il te plaît…

— J’ai dit non, je ne sais même pas pourquoi on en discute encore. Non, c’est non.

— Pfff…

— Julie, ça suffit.

— Julie, ça suffit… Pfff… »

Il se tourne vers elle et lui prend le bras.

« C’était quoi ça, Julie ?

— Euh…

— Ça te fait rire ?

— Non…

— Si tu veux faire ta gamine, je vais te traiter comme une gamine.

— Non non, je vais me tenir…

— Ça vaut mieux… »

Elle baisse la tête et la hoche légèrement. Il prend sa main et commence à s’éloigner.

« Tu veux vraiment pas ?…

— Bon, tu ne sais vraiment pas quand t’arrêter, toi. On va à la voiture.

— Non, non…

—  Oh que si.

— Non…

— Si. Ta brosse y est.

— Non non non non non…

— Oh si. »

Il la traîne presque jusqu’au parking. La voiture est un peu à l’écart. Comme par hasard, se dit-elle. Il pointe le sol du doigt.

« Tu restes là. »

Elle obéit, les bras croisés, tête baissée, le feu aux joues. Il jette un œil aux alentours. Personne de ce côté-ci du parking. Il ouvre la porte de la voiture, à l’arrière.

«Allonge-toi, et baisse ton jean.»

Elle murmure un « Non, s’il te plaît » qui reste sans effet et fait ce qu’il lui dit. Il a déjà trouvé la brosse. En général, il ne trouve rien quand elle lui demande de sortir quelque chose de son sac à main, mais là… Elle s’allonge, le pantalon à mi-cuisse. Il s’assied sur le bord du siège et tapote ses fesse du bout de la brosse. Elle ferme les yeux et le premier coup suit instantanément. Lourd, bruyant, douloureux. Elle déteste la brosse. Il enchaîne une dizaine de coups et se retourne pour vérifier que personne ne s’intéresse trop. La musique de la fête foraine couvre bien celui de la fessée, mais sait-on jamais… Personne. Il prend la brosse fermement et retourne son attention sur elle.

Elle sèche ses larmes en revenant à la fête foraine. Son jean est trop serré, ça frotte. Elle a mal. Lui est de bonne humeur, il avale une bouchée de barbapapa. Elle n’arrive pas à s’empêcher de se frotter les fesses, ce qui la fait gémir doucement. Elle a l’impression que tout le monde la regarde. Ils passent devant le manège sur lequel elle voulait aller.

« Bon…

— Oui ?…

— Juste une fois

— Tu aurais pu le dire la première fois, hein…

— Ce sera plus drôle de te voir t’asseoir comme ça…

— Sadique…

— C’est pour ça que tu m’aimes. »

Elle l’embrasse. Pfff, il a raison, en plus.

Vacances

« C’est une blague ?

— Ben…

— Je rêve…

— Ne te fâche pas…

— Julie. Tu as vérifié quatre fois que tu avais bien éteint le gaz, trois fois que tu avais bien fermé la porte d’entrée…

— Je sais mais…

— Je t’ai demandé si c’était bon, non ? Tu m’as dit que tu avais tout.

— Oui… Je sais…

— Mais… Comment on peut oublier sa propre valise ?

— Ben oui mais… Entre la tente, le pique-nique, ta valise, les sacs de rando, les chaussures…

— Ah bah ça, ton sac de chaussures, tu l’as, mais pas l’autre, quoi…

— Oui…

— Je ferais bien un commentaire mais ça risque méchant…

— Oui, non, on va éviter…

— Tu m’agaces…

— Je sais…

— Non mais là, tu m’agaces vraiment…

— Je sais…

— Arrête de dire que tu sais, ça m’agace.

— Je… euh… Oui, mon chéri…

— Bon… On fait comment, maintenant ?

— Ben…

— Pfff…

— Bah sinon, on peut faire du shopping, hein…

— Bah tiens, ça t’arrangerait bien…

— Te fâche pas…

— Ça fait quoi, deux heures qu’on est parti ? On va perdre quatre heures, quoi.

— Je s… Oui…

— Bah c’est super.

— On est pas pressé…

— Oh bah t’as raison, on va faire des tours de ronds-points pour s’occuper, aussi. Ça fera Disneyland.

— Arrête, s’il te plait…

— Tu m’énerves.

— Je ne t’agace plus ?

— Aussi.

— D’accord… »

Il prend la sortie suivante et fait demi-tour. Silence. Elle allume la radio. Ça capte mal. Elle voit son regard furieux dans le rétroviseur à chaque craquement. Elle éteint.

« Tu veux de l’eau ?

— Non.

— D’accord… Un biscuit ?

— Non, Julie, je ne veux pas de biscuit.

— Oui, mon cœur.

— Arrête.

— Quoi ?

— D’essayer de m’amadouer.

— Mais…

— Chut.

— Je sais que tu es fâché mais bon…

— Mais bon quoi ?

— Ben j’ai pas fait exprès…

— Et ?

— Et rien… C’était pas pour t’embêter, quoi…

— Tu m’as dit que c’était bon. Il faut toujours que je passe après toi ?

— Mais non, mais… »

Elle ne dit rien de plus. Elle a les larmes aux yeux. Elle tourne la tête et regarde le paysage défiler par la fenêtre. Il ne dit rien non plus, la mâchoire serrée. Trente minute. Pas un mot. Une heure. Elle se retient de pleurer. Au moins, s’il l’engueulait, ça passerait vite, là, le silence, c’est pire quetout. Ça commence mal, les vacances. Il met le clignotant.

« On s’arrête ?

— Oui.

— D’accord.

— Que tu dois d’accord ou pas, hein.

— C’est juste façon de parler…

— Je sais.

— Sois pas fâché comme ça… S’il te plaît… Je suis vraiment désolée.

— Rappelle-moi pourquoi on est parti tôt ce matin ?

— Pour éviter les bouchons…

— Et il va se passer quoi, maintenant ?

— On va tous se les taper…

— Voilà.

— Je peux conduire, si tu veux.

— C’est bon.

— D’accord… »

Ils s’arrêtent sur une petite aire de repos. Il se gare à l’ombre et éteint le moteur.

« Bon. On va s’occuper de ta fessée.

— Quoi ?

— Tu m’as très bien entendu.

— Mais…

— Mais rien du tout.

— On peut attendre d’être à la maison, au moins ? S’il te plait…

— Non. On est à mi-chemin et j’ai besoin d’une pause.

— Ben justement, il fau te reposer, mon chéri… Ça va te fatiguer…

— Incline ton siège jusqu’au bout et allonge-toi.

— Non, s’il te plaît… Ça va se voir.

— Il n’y a personne, ça va.

— Mais…

— Ne me fais pas répéter ou ce sera sur le capot, bien visible, même de la route.

— T’oserais pas…

— Tu veux tenter ta chance ?

— Non…

— Alors incline ton siège. »

Elle s’exécute, incline le siège et s’y couche tant bien que mal, les fesses un brin surélevées, offertes à ses douloureuses attentions. Il ne perd pas de temps et relève sa petite robe à fleurs avant de lui flanquer une première volée de claques par-dessus la culotte. Elle gémit doucement. La culotte se retrouve vite à ses genoux, pour le peu de différence qu’elle fait. Elle n’ose pas jeter un œil par la fenêtre pour vérifier que personne ne les voit. Les claques se font plus dures, sa respiration plus haletante. Elle ferme les yeux. Il continue, encore et encore, ses fesses, ses cuisses, il ne se retient pas.

Ils sont repartis. Elle gigote sur son siège, incapable de trouver une position confortable. Ses fesses brûlent. Bon, au moins il a allumé la radio et semble de bien meilleure humeur. Il lui en a promis une autre en arrivant à la maison. « Fichu pour fichu », qu’il lui a dit, « autant prendre notre temps, maintenant ». Quand ça l’arrange…

Chaleur

« J’ai trop chaud…

— Tu as ouvert la fenêtre dans la chambre ?

— Oui. J’ai trop chaud.

— Ben… Il fait chaud..

— Oui. Trop.

— Et ?

— Ben j’aime pas.

— Ah oui, ça je vois bien, mais qu’est ce que tu veux que j’y fasse ?

— Bah rien, je t’informe.

— Tu m’informe qu’il fait chaud ?

— Oui. Je fais miss météo aujourd’hui.

— Ah bah t’es presque aussi efficace que Météo-France, hein…

— Je ne sais pas trop comment je dois le prendre, ça… »

Il l’embrasse.

« Une douche fraîche, ça te dit ?

— Peut-être, si tu m’accompagnes…

— Ben oui je t’accompagne… C’est mon côté écolo, tout ça…

— Oui enfin… Quand tu t’y mets…

— Quoi quand je m’y mets ?

— Ben ça dure bien plus longtemps… Pas très écolo…

— Tu préfèrerais que ce soit fini en deux minutes ?

— C’est pas ce que j’ai dit… »

Elle l’embrasse à son tour. Il passe ses mains le long de sa robe. Il aime le tissu, il est doux. Il aime encore plus ce qu’il couvre. Elle frissonne malgré la chaleur lorsqu’il passe ses mains sous la robe et frôle sa peau en la relevant doucement. Il la passe par dessus sa tête et lui pose un baiser sur les lèvres, dans le cou, sur l’épaule. Elle défait les boutons de sa chemise un à un, la lui enlève, passe ses mains sur son torse. Il la guide vers la salle de bain à reculons, laissant leurs vêtements derrière eux au fur et à mesure. Il la serre contre lui. Ils entrent dans la douche.

« On avait dit fraîche…

— Ben c’est frais ?

— Julie, c’est sur 35 là.

— Ben oui, c’est le pôle Nord

— Baisse.

— Non… Prends-moi dans tes bras, ça te réchauffera.

— T’abuses…

— Attends, fais moi de la place.

— Mais…

— Fais attention, le shampooing va tomber là…

— Tu me fais un bisou ?

— Tu peux baisser le truc, là ?

— Le truc ?

— Pour le pommeau.

— Et mon bisou ?

— Oui oui, tiens…

— Dis donc, toi…

— Oui ?

— Il y a deux minutes tu étais toute câline et là…

— Rhoo, mais non…

— Un peu, hein…

— Tu baisses le truc ? »

Il s’exécute en roulant des yeux. Elle lui caresse le bras.

« Fais pas la tête…

— Je ne fais pas la tête… »

Elle se colle contre lui en minaudant.

« Tu veux un bisou ?

— Juste un ?

— Plus si tu veux…

— Je veux. »

Il la plaque contre le carrelage frais du mur, passe sa main sur son bas-ventre. Elle gémit doucement et passe ses bras à son cou. Elle aime ses mains qui la parcourent, qui l’explorent, qui lui font du bien. Elle aime le sentir en lui, elle aime voir l’effet qu’elle lui fait. Elle veut qu’il la serre, qu’il la prenne dans ses bras, qu’il la prenne tout court. Elle aime l’eau qui coule sur eux, ses mains qui glissent sur elle. Il la savonnera, il la caressera encore, mais d’abord, elle veut qu’il lui fasse l’amour. Elle se retourne, face au mur et presse ses fesses contre lui. Il lui prend les seins, fermement. Elle gémit. Ils sont  encore sensibles. Elle gémit à nouveau quand il rentre en elle, lâche un petit “Ah…”, tout en retenue. Elle l’aime.

Elle est sur le lit, allongée sur le ventre. Elle rêvasse. Il passe sa main le long de sa colonne et la pose sur ses fesses. Elle tourne la tête vers lui.

« Ben maintenant, j’ai froid…

— T’es sérieuse ?

— Oui… Il faudrait que tu me réchauffe…

— Ah, tu crois ?

— Oui, et puis j’ai un nouveau bulletin météo.

— Ah ? Et ?

— Ils prévoient une vague de chaleur sur mes fesses…

— Tu crois ?

— Indice de confiance : cinq…

— Si c’est officiel, je n’ai pas le choix… »

Il lève la main. Elle sourit déjà.

Été

Il est en vacances. Pas elle. Quand elle rentre le soir, il est content de sa journée. Il aime le calme. C’est un peu vexant, d’ailleurs. Il en profite pour faire un de ses fameux nettoyages de printemps. Bon, en plein été, mais c’est le même principe. Elle appréhende un peu à chaque fois. Tout ce qui traîne y passe, le tri est minimal. En général, elle fait attention à mettre certaines choses à l’abri. Il fait les placards, traquant ce qui est périmé ou qui va l’être bientôt. Il vide le frigo pour le nettoyer, dégivre le congélo… Les magazines qui ont plus de deux semaines, pouf ! à la trappe. Il garde juste les National Geographic et les Courrier International. Il ne les relit quasiment jamais, mais au cas où. Elle, son bazar organisé, elle le retrouve sens dessus dessous. Il lui parle de zen et de feng shui, elle pense surtout qu’il est un peu maniaque. Une place à chaque chose, chaque chose à sa place… C’est un peu rigide, quoi.

Mais au moins, il fait bien la cuisine, ça sent toujours bon quand elle revient. Il a le temps, hein. Il fait ses petites courses entre deux tours à la déchèterie, après son petit ménage. Elle pense qu’elle va lui trouver un tablier de cuistot, ça le fera marrer. Ou pas. Elle oui, en tout cas. Il est plein d’énergie quand elle rentre, plein d’attentions. Elle, elle est crevée. Il fait trop chaud au bureau, ça la fatigue. Les clients sont casse-pieds, sa cheffe est pire —le divorce se passe mal— ce n’est pas une bonne période. Elle pense aux vacances qui arrivent bientôt. Elle a hâte. Changer d’air, se retrouver tous les deux, dormir, rester traîner au lit toute la journée, se faire des bisous, des câlins… Oui, elle a hâte. Ça fera du bien à son humeur aussi, qui est plutôt du côté « massacrante » du cadran.

C’est sans doute pour ça qu’elle est en travers de ses genoux, encore. Elle a fait la tête toute la soirée, et il n’a pas aimé. Elle a peut-être eu des mots un peu déplacés, aussi. Enfin, c’est vrai qu’il faisait un peu chier, quoi…

« Pardon ?! »

Ah. Elle a pensé tout haut.

« Non, je veux dire… Euh…

— Tu veux dire que je te fais chier, oui.

— Non, puis euh, suer, hein, s’il te… Aaaaaaïe ! »

Elle l’a bien sentie, celle-là. Les robes d’été, ça ne sert à rien. Il la tient en place. Sa main continue son va-et-vient. Droite, gauche, droite, gauche… Apparemment, le ménage, ça muscle. Il a le sens du rythme, en plus, un vrai métronome.

« Tu ne manques pas d’air, Julie…

— Mais non mais…

— Mais quoi ?

— Je le pensais pas, je… euh…

—  Tu pensais tout haut, non ?

— Oui…

— Mais tu ne le pensais pas ?

— Hum…

— Je t’écoute ?

— C’est pas ce que tu crois…

— Ah non ? Ce n’est pas de moi que tu parlais ?

— Euh… Je peux te mentir ? »

Il relève la robe d’un geste brusque. Apparemment, la réponse est non. Elle sent juste le petit coup d’air frais sur ses fesses déjà roses. Elle n’en profite pas longtemps. Il passe un doigt le long de sa culotte pour la rajuster —l’esthétique, il aime— et il recommence à la fesser.

«  Je sais que tu es fatiguée…

— Oui…

— Mais ça n’excuse pas tout

— Je sais…

— Ça ne te donne pas le droit d’être désagréable.

— Je sais…

— Insolente… Insultante… »

Il ponctue ses mots de claques bien senties, à pleine main. Elle aime caresser ses bras, elle aime sentir ses muscles sous sa peau, mais là, elle sent bien le poids desdits muscles derrière la main qui tombe sans relâche sur sa croupe.

« Tu me fais mal…

— Tu crois ?

— Voui…

— C’est peut-être voulu…

— Oh bah non, c’est pas ton genre…

— Et c’est quoi, mon genre ?

— Le genre ours…

— C’est-à-dire ?

— Ben… Bourru, poilu, mais tout doux…

— C’est une peluche que tu veux, en fait ?

— Ah bah aussi, oui… »

Elle gémit. C’est bien gentil de faire de l’humour, mais pendant ce temps-là, il ne ralentit pas la cadence, et il ne faiblit pas. La muscu, c’est fini ; elle va lui dire. Elle tient un minimum à ses fesses.

« S’il te plaît…

— Je t’ai dit que c’était fini ?

— Non…

— Alors, tu pense que tu as été assez punie ?

— Je… Si je dis oui, tu ne vas pas être content…

— Tu commence à avoir l’habitude, hein…

— Oui…

— Tu crois que c’est une bonne chose, Julie ?

— Non… Mais…

— Mais ?

— Je suis beaucoup plus sage qu’avant…

— Oui…

— Et je suis fatiguée…

— Moui…

— Alors, euh… Un peu de clémence, ce serait bien…

— Ah, tu crois ?

— Oui… Puis… ce n’était pas si grave…

— Ah. C’est toi qui décide de ce qui est grave ou pas, alors ?

— Non, non… »

Il joue avec l’élastique de la culotte.

« Non, s’il te plaît… Je serai sage, je serai toute gentille…

— C’est ce que tu dis à chaque fois…

— Je te le promets… »

La culotte descend.

« Non… Non, s’il te plaît… »

Elle la sent glisser le long des ses fesses, le long de ses cuisses. Elle gémit.

« C’est pas juste… »

Il la retire complètement et lui claque les fesses une dernière fois.

« Au coin.

— Quoi ?

— Tu m’as très bien entendu.

— Mais pourquoi tu me l’as enlevée ?

— Parce qu’à partir de maintenant, tu n’en porteras plus.

— Hein ? Ah non ! Il fait chaud, je suis en robe ou en jupe tous les jours, là…

— C’est ballot, hein ?

— T’as pas le droit…

— Ah non ?

— Non…

— T’es sûre ?

—…

— Je me disais bien.

— Mais…

— Oui ?

— Jusqu’à quand ?

— Au moins jusqu’aux vacances…

— T’abuses…

— T’adores ça.

— Oui mais t’abuses quand même…

— Il me semble que je t’ai dit d’aller au coin.

— Je suis bien sur tes genoux, au final…

— Ah oui ?»

Il lui caresse les fesses, doucement. Elle fait la grimace et frémit un peu. Les cuisses, les hanches. Elle soupire doucement, un sourire aux lèvres.

« Oui…

— Tu crois que de la crème ça pourrait aider ton humeur ?

— Peut-être, hein…

— Et plus de caresses ?

— Ah bah oui, hein…

— Et quoi d’autre ?

— Ben… Ma culotte ? »

Il lui passe la main entre les cuisses.

« Si c’est pour la salir, jeune fille, ce n’est pas la peine… »

À vos marques…

Elle se tourne, tord son cou, tire sur sa culotte. Nooooooon… C’est pas possible, elle n’y crois pas. Pourtant, elle commence à avoir l’habitude des belles marques. Mais là… C’est jaune, c’est bleu, c’est mauve, c’est sombre, c’est… Beau ?

Elle se plaint, elle lui dit qu’il abuse, franchement, il pourrait y aller un peu plus soft. Il sourit. Ah bah il est fier, en plus ? Pfff… Elle rouspète, elle souffle, mais elle est contente. Les marques, c’est aussi son appartenance. Elle est à lui. Elle ne l’appelle pas maître, elle n’est pas “sa soumise” ou son esclave, comme elle le lit par ailleurs, mais elle est sienne. Ils ne suivent pas de codes, ils n’ont pas signé de contrat. Les cases, elle n’aime pas ça, les normes, elle s’en fiche un peu. Ils sont comme ils sont et ça lui va très bien.

Elle a quand-même un safeword, au cas où, mais elle lui fait confiance. Il sait ce qui lui faut, et même s’il est sévère, il n’est jamais méchant. Elle l’aime. Il l’aime. Ils s’aiment. Rhoooo, les clichés à l’eau de rose… Mais elle est contente, elle est fière, quelque part, même si elle regrette les bêtises.

Mais quand même… Il y n’y a pas été de main morte… Et elle aime ça… Elle en veut encore. Elle passe la main sur ses fesses. Bon, en fait, ça pourra attendre. Mais juste quelques jours.

Douleurs

Elle pleure. Des larmes chaudes ruissellent le long de ses joues et elle garde les yeux fermés, se mord la lèvre, serre les poings en attendant le prochain coup qui ne tarde pas. Elle entend le bruit aigu de la canne qui fend l’air, le claquement sec du bois fin contre sa peau. La douleur arrive comme un tison qui la brûle. Elle ne veut pas crier. Elle ne se rend pas compte qu’elle l’a déjà fait. Cinq. Cinq et tout ce qu’elle peut penser c’est qu’elle n’en supportera pas plus. Et pourtant. Six. Sept. Huit. Neuf. Dix. Il aime les comptes ronds. Onze… Elle pleure. Elle tape des pieds. Elle gémit, elle crie, elle sanglote, elle supplie. Ses mains restent devant elle, elle n’ose pas se protéger. Elle n’ose rien, elle est sage, elle promet.

Elle pleure. Sa respiration est haletante entre les sanglots. Il lui a mis sa culotte dans la bouche sous prétexte qu’elle faisait trop de bruit. S’il frappait moins fort, elle n’en serait pas là. Elle est penchée sur l’accoudoir du canapé, serrant un coussin humide de ses larmes. La ceinture tombe encore et encore, d’un côté, de l’autre. Il la tend entre chaque coup, se délecte du claquement sévère du cuir sur la peau. Elle garde les jambes tendues, croisées, les doigts de pieds recroquevillés. Elle serre les fesses, sans trop savoir si ça lui fait plus ou moins mal. Il ne compte pas. Il est visuel, aussi. Il couvre ses fesses uniformément, y laisse des marques sombres et douloureuses qu’elle gardera pour quelques jours. Elle serre les dents, elle est sage, elle promet.

Elle pleure. La brosse fait le va-et-vient d’une fesse à l’autre, y laissant sa morsure douloureuse. Ça claque, lourdement, bruyamment. Le bois s’écrase sur ses fesses, chaque coup plus douloureux que le précédent. Il est implacable, impitoyable, il ne lui laisse pas le temps de plaider, de réfléchir, de reprendre haleine. Elle s’agite sur ses genoux, fait de son mieux pour ne pas se dérober, la tête enfoncée dans le tissu du canapé. Elle veut que ça s’arrête, elle veut que ça s’arrête, elle veut que ça s’arrête. Il ne s’arrête pas. Ses jambes s’affolent, elle n’en peut plus. Elle agrippe son pantalon, gémit. Elle sait qu’elle mérite chaque coup. Elle supplie, elle est sage, elle promet.

Elle pleure. Il la tient dans ses bras. Ses mains passent dans ses cheveux, doucement. Il lui dit qu’il l’aime. Il lui dit qu’il la croit. Il lui dit qu’elle fera mieux la prochaine fois. Elle s’accroche, elle s’agrippe à lui. Elle veut qu’il la serre plus fort et qu’il ne la laisse jamais partir. Elle essaye d’endiguer ses larmes sans le moindre effet. Il la laisse pleurer, il lui répète qu’il n’est pas fâché, qu’il n’est plus fâché. Il a confiance en elle, elle fait des efforts, il le sait. Elle hoche la tête, elle le serre. Elle ne veut rien d’autre. Elle l’aime, elle sera sage, elle promet.

Humeurs

Il est de mauvaise humeur. Elle le sait, il lui a dit. À la limite, ça lui va comme ça, elle préfère. Pas qu’il soit de mauvaise humeur, mais qu’il le lui ait dit tout de suite, en rentrant.  Le pire, c’est de ne pas savoir, de dire quelque chose, de faire une petite blague et bim ! La grosse engueu… réprimande. Là, elle sait qu’il vaut mieux qu’elle le laisse tranquille, lui donner de l’espace.

« Je te le dis tout de suite, c’était pas une bonne journée », c’est ce qu’il a dit en passant la porte.

« Et bonsoir, quand même ? »

Il lui a jeté un regard noir. Elle n’a pas insisté. N’empêche, il est bien gentil à insister pour qu’elle soit polie, mais lui quand il est en rogne… C’est bien les hommes, ça… Elle sait bien qu’une fois calmé, il viendra lui faire un bisou, voire deux, voire plus si elle le laisse faire. Mais ce soir, non, elle va lui dire. Elle n’a rien fait, elle. Elle a même été super sage, cette semaine. Elle l’est de plus en plus. Petit à petit, ça lui vient. Elle a moins à y penser. Elle range, elle ne dit plus de gros mots, elle paye les factures à temps, elle a même pris de l’avance dans son travail. Mais lui en ce moment… Il grogne.

Bon, pas contre elle, c’est bien, mais il ne lui dit plus qu’il est fier d’elle ; il ne la félicite pas. Elle sait qu’elle le fait aussi pour elle, et qu’au fond, même s’il ne le dit pas, il est fier de ses progrès, mais elle est un peu perdue, parfois. L’autre soir, il n’a même pas voulu dîner ; il est resté dans son bureau comme un ours dans sa caverne, c’est pas triste, ça ? Non, c’est sûr, ce soir, il lui dit. Elle regarde l’heure. Il a eu le temps de se calmer. Elle tape à la porte entrouverte de son bureau.

« T’es là ?

— Oui, qu’est ce qu’il y a ?

— Bah rien, je me sens un peu seule.

— J’ai du boulot.

— Oui oui, je ne vais pas te déranger longtemps… »

Elle pose la tête contre la porte. Il soupire.

« Je suis désolé, Julie. C’est pas terrible en ce moment.

— C’est pas grave…

— Ce n’est pas toi, tu sais.

— Ah bah oui, je sais.

— Tu fais tout bien en ce moment.

— Ah… Tu as vu ?

— Oui, bien sûr.

— Tu ne me le dis plus.

— Quoi ?

— Que tu es fier de moi.

— Je suis toujours fier de toi…

— Dis donc, toi ? Les mensonges ?

— Presque toujours ?

— Moui…

— C’est la fin de l’année, tu sais bien que c’est toujours un peu tendu.

— Oui, oui…

— C’est bientôt fini.

— Oui, je sais…

— …

— Bon, bah je te laisse travailler, hein…

— Tu ne m’embrasse pas ?

— Bah là, non…

— Ah. D’accord, ça fait plaisir…

— Ben comme ça tu auras peut-être envie de venir me voir, quoi…

— Julie…

— C’est pas grave, je te dis. »

Elle repart. Elle est encore plus triste, au final. Elle l’entend qui tapote sur son ordinateur. Bon, comme il veut. Elle prend le livre qu’elle essaye de terminer depuis un mois. Il lui reste une cinquantaine de pages mais elle ne trouve jamais le temps. Ou l’envie. Ou les deux. Elle pense à lui. Elle se tâte à faire une grosse bêtise. Au moins là… Pfff, non, c’est vraiment une attitude de gamine, ça. Elle n’est pas désespérée non plus. C’est lui qui va venir en s’excusant de l’avoir négligée, oh. Ce coup-ci, le gamin, c’est lui. Et en même temps, elle a envie d’une fessée. Le problème, quand elle est sage, c’est qu’elle est en manque, après. Elle relit la même page une cinquième fois. Elle voit les mots mais elle pense à autre chose. Elle entend la porte du bureau. Elle se redresse et prend un air concentré, tout à sa lecture. Il s’assoit à côté d’elle.

« Julie ?

— Mmmmh ?

— Je peux te déranger deux minutes ?

— Je lis, là.

— Ne me fais pas ça… C’est déjà compliqué…

— Et pour moi, c’est pas compliqué ? C’est agréable de marcher sur des oeufs en permanence, tu crois ?… »

Elle a l’air plus triste qu’en colère. Il ne dit rien, penaud. Elle lui caresse la joue, doucement.

« Je sais que tu es stressé, mais là c’est moi qui prends. C’est pas juste.

— Je sais, Julie, je sais bien.

— Et ?

— Je suis désolé.

— D’accord. Merci…

— Et…

— Oui ?

— Je me suis dit que de prendre un peu l’air, ça nous ferait du bien.

— Il est pas un peu tard, là ?

— Je veux dire le weekend prochain.

— Le weekend prochain ?

— Rome, ça te dit ?…

— Euh…

— Dis oui, j’ai pris les billets…

— À une condition…

— Oui ?

— Sage ou pas, tu me promets que tu m’en mettra une, là-bas…»

Listes

Ça ne devrait pas être compliqué, et pourtant… Elle regarde la liste et soupire. C’était son idée, à la base, en plus. Au moins, avec une liste de choses à faire, elle n’en oublierait pas, et elle pourrait cocher au fur et à mesure. Pour lui aussi c’est simple, en rentrant, il peut regarder la liste, constater que tout a été fait, et lui faire des bisous. En principe, c’est simple. En pratique…

Ce n’est pas qu’elle veut pas, hein. Elle a encore des bleus sur les fesses qui la font gémir doucement à chaque fois qu’elle s’assoit. Avoir moins l’occasion d’être punie, ça lui va très bien. Mais de voir la liste, ça la déprime. Elle a mieux à faire de son samedi. C’est peut-être le côté artificiel de la chose. Il n’y a pas vraiment de mérite à suivre bêtement les instructions, si ? C’est plus un test de sa patience qu’autre chose. Cela dit, la patience est une vertu. Ou mère de vertu. Bref, la patience, c’est une bonne chose. Elle pose la dernière casserole sur le séchoir et regarde la liste. La cuisine, c’est fait. Elle soupire.

Elle regarde ce qui lui reste. La chambre, le salon. Re-soupir. Sans y penser, elle passe la main sur ses fesses endolories. Bon, le salon. Il abuse, il n’y a quasiment rien qui traine. Ça vit, une maison, ce n’est pas fait pour être stérile, ce n’est pas un showroom IKEA non plus… Heureusement qu’ils n’ont pas encore d’enfants, tiens… Elle l’imagine bien insister pour que tous les jouets soient rangés dès qu’ils auraient fini de jouer avec. Elle lui donnerait deux jours avant de craquer et de voir le bazar permanent s’installer. Elle a gardé des gamines quand elle était ado, elle sait ce que ça donne.

Elle se demande comment ils feraient avec des enfants à la maison. La fessée rapide sur le canapé, ce serait plus compliqué, tout de suite. Le côté instantané, improvisé, ce ne serait pas vraiment possible. Il faudrait se créer des moments, définir d’autres règles. Peut-être le soir, quand ils seraient couchés ? Ou bien un bilan de la semaine le weekend ? Peut-être qu’elle aurait un carnet pour noter ses bêtises. Elle l’a lu sur des blogs, mais elle n’en a jamais eu besoin. Quand elle déraille, il la remet tout de suite sur le droit chemin. Enfin, sur les rails, du coup ? Elle mélange un peu ses métaphores. Elle coche le salon. Bon, il reste la chambre.

Elle se demande parfois comment font les autres. Elle n’a pas vraiment de copines du “milieu”, elle, sa vie de couple et sa sexualité, c’est en privé que ça se passe. Mais elle aime bien lire les aventures, les émotions des autres. Elle s’y retrouve, elle s’imagine dans toute sortes de situations. Elle s’allonge sur le lit. Elle pense à lui. Ses mains, son parfum, ses beaux yeux verts. Elle pense à ces récits qu’elle a lu. Il va bientôt rentrer. Il pourra s’occuper d’elle. Qu’elle ait fini ou pas, d’ailleurs… Elle ferme les yeux. Elle va devoir faire une autre liste, de tout ce que lui va devoir faire. Il va en avoir pour un moment ; elle vérifiera.

Réflexions

« Ben qu’est ce qu’il y a ? Ça ne va pas ?

— Mmmmh ?

— Je sais pas, tu as l’air tout triste.

— Non non, ça va.

— T’es sûr ?

— Oui oui.

— On m’a toujours dit que quand les gens disent «oui oui», ça veut dire non, en fait.

— Ouais bah là, ça veut dire oui, ok ?

— Bah te fâche pas…

— Je ne suis pas fâché.

— Tu veux pas en parler ?

— Julie !

— D’accord, d’accord. Tout va bien.

— Voilà. »

Elle se tait et attrape un coussin qu’elle prend dans ses bras.

« Si je faisais cette tête tu m’inonderais de questions jusqu’à ce que je te dise.

— N’importe quoi, je ne fais pas ça.

— Ah si, tu fais ça !

— Non…

— Ah si, si, tu es têtu.

— Sûrement pas autant que toi.

— Ah bah quand tu t’y mets…

— Pfff…

— Et tu sais bien que j’aime pas ça, en plus.

— Si t’aimes pas ça, pourquoi tu fais pareil ?

— Parce que ça m’inquiète de te voir comme ça…

— Julie… Ça va, je te dis…

— Je croyais qu’on se disait tout ?…

— Arrête, Ça n’a aucun rapport…

— Aucun rapport ? Il y a quelque chose, et je le vois bien.

— Moui…

— Et tu ne me dis pas quoi…

— Moui…

— Alors que tu me dis tout…

— …

— Donc ?

— C’est rien…

— Je te préviens, si tu me sors que c’est parce que la France a fait match nul, c’est toi qui te prends une fessée !

— Hahaha, n’importe quoi ! »

Il a un petit sourire, c’est déjà ça de pris. Elle se love contre lui, lui passe la main sur le torse, doucement.

« Tu me dis ?

— C’est rien, c’est bête.

— Ah bah si c’est bête, ce n’est pas rien, déjà.

— Tu vas jouer sur les mots ?

— Tu m’as bien formée, hein ?

— Rhooo…

— Je t’écoute, jeune homme !

— Non mais c’est quoi cette voix ?

— Ben… C’est toi quand t’es fâché.

— J’ai l’air constipé quand je suis fâché ?

— Ah bah merci… »

Elle fait la moue.

« Bon, tu me dis ?

— C’est juste que…

— Oui ?

— Tu crois que c’est normal, tout ça ?

— Tout ça quoi ?

— Ben nous, toi et moi…

— Quoi, toi et moi ?

— Notre relation…

— Ah… Ben oui, c’est normal que tu m’aimes à mourir, je suis géniale ! Tu as d’autres questions ?

— Julie… Je suis sérieux…

— Pardon… Qu’est ce qui te tracasse ?

— Tu crois que c’est normal que ça m’excite de te taper dessus ?

— Euh… Normal, j’en sais rien mais on s’en fiche, non ?

— Tu crois ?

— Je ne me plains pas…

— Un peu quand même…

— Oh mais c’est pour la forme, ça… »

Elle lui sourit et caresse son bras d’ours. Elle aime bien, elle trouve ça marrant de tracer des motifs dessus.

« Je ne suis pas une femme battue, hein, j’ai choisi.

— Choisi ?…

— Ce genre de relation ? Ça se fait à deux, non ?

— Oui. Bien sûr.

— Alors pourquoi tu t’inquiètes ?

— Tu crois que je suis un monstre ?

— Pardon ?

— Ben… J’aime la violence. Ça me fait bander de te taper dessus. J’aime voir des marques et des bleus sur tes fesses ; c’est pas normal, ça.

— Normal, normal, on s’en fiche de ce que les autres pensent.

— Je ne sais pas…

— Moi je ne vais pas voir ce qu’ils font au pieu, je fais ce que je veux dans le mien, et ça me va très bien comme ça. Et puis tu n’es pas une brute, tu t’occupes de moi.

— Oui enfin ça…

— Quoi ?

— Je pourrais m’occuper de toi sans te faire mal.

— Et moi, là-dedans ? Si j’ai envie d’être fessée ?

— Bah oui mais…

— Ah mais rien du tout, mon petit monsieur, on est au vingt-et-unième siècle ; mes fesses, j’en fais c’que j’veux.

— Oui m’dame.

— Là, très bien, je préfère ça. »

Elle lui pose un baiser sur les lèvres.

« Moi, tu me rends heureuse. Avec tes baisers autant qu’avec tes grosses paluches.

— Oui ?

— Promis.

— D’accord…

— Et tu sais ce qui me rend heureuse aussi ?

— Quoi ?

— C’est quand tu fais la cuisine. D’ailleurs, c’est ton tour ! »