Douche

Sortant de la douche, elle prend une serviette et la passe doucement autour de sa taille. Le tissu frôle sa peau et elle frissonne, gémit à voix basse. Elle soupire. La douche froide n’a pas fait grand chose pour calmer la douleur des bleus sur ses fesses. Il y a été un peu fort…

Elle se tourne et relève la serviette pour jeter un oeil à sa croupe devant le grand miroir au mur. Aïe… Son pauvre petit cul… C’est pas possible d’avoir la main lourde comme ça… Oui, elle a encore oublié les factures, oui, elle a été un peu malpolie («Rhoo, tu vas pas m’emmerder avec ça…» si elle se souvient bien…), oui, elle a continué même quand il l’a prise sur ses genoux et commencé à la fesser («Oh non, p’tain !»). Oui, bon, elle était de mauvaise humeur, d’abord, et elle voulait qu’il continue un peu plus fort, un peu plus longtemps, ensuite.

Mais de là à aller chercher la brosse et de défaire sa ceinture ? Franchement…

Hésitante, elle tâte sa tendre chair. Aïe. La couleur est moins pivoine qu’avant la douche, mais elle est loin de son habituelle blancheur hivernale. Et puis les marques… Ça va rester un moment ça. Bon, elle n’avait pas prévu de sortir en bikini, heureusement. D’un doigt incertain, elle touche un des bleus, et immédiatement serre les fesses et gémit. AÏE.

«Julie ?» fait une voix derrière la porte de la salle de bains.

«Oui ?

—T’as bientôt fini ?

—Rho, ça va… Il est chiant aujourd’hui…

—Pardon ?»

Ah zut! Il n’a pas entendu, quand même ? Non… Il a plein de qualités, Thomas. mais c’est pas Superman, non plus…

«Presque, mon cœur !»

Mais déjà, la porte s’ouvre. Et il a déjà la ceinture à la main. Elle plisse les lèvres et pense: «Oh m…»

Dodo

Elle le regarde et soupire. Il a l’air si calme quand il dort.

Elle, elle ne dort pas très bien en ce moment. Elle a besoin d’un câlin, mais elle ne veut pas le déranger. Il marmonne quelque chose dans son sommeil ; ça sonne comme un «je t’aime, Julie» et ça la fait sourire. Enfin, ça sonnait comme un «bletem brulimgh», mais elle choisit de croire. La foi, c’est important. Elle soupire de nouveau. Bon, il y a un choix, une alternative : elle peut le laisser dormir, calme, en paix… Ou elle peut le réveiller et avoir de l’attention. Décisions, décisions…

En général, elle est gentille, elle est respectueuse, elle est trèèès sage. Mais là, elle a vraiment besoin d’un câlin. Et puis. il est 5h du matin, c’est pas si tôt ; il y a plein de gens qui se lèvent à 5h, non ? Elle se mordille la lèvre. Ah bah, une preuve de plus qu’elle est stressée ; ça vaut bien un câlin, c’est sûr ! P’têt même deux.

Mais elle hésite. Lui, il est un peu ours. Le poil, certainement, mais aussi la tendance à hiberner. Le sommeil, chez lui, c’est sacré. D’ailleurs, il abuse, et elle le lui dira, un jour. Huit heures par nuit, pfff… Et elle, alors, elle a le droit à huit heures d’attention ? C’est pas juste, voilà. Manquerait plus qu’il soit en train de rêver d’une autre femme. Ah, le salaud ! Elle souffle. Bon, le problème, c’est que si elle le réveille… il va être grognon. Il va être grognon et ronchon. Et ça, c’est pas une bonne combinaison.

Elle va se retrouver en travers de ses genoux, c’est sûr… La chemise de nuit (glamour suprême) retroussée, la petite culotte (coton, à poix, elle fait fort) baissée à mi-cuisses… Ce serait dommage… Elle la sent déjà, sa main qui s’abat sur ses pauvres fesses… La douleur, les petits gémissements… Elle ne peut pas s’empêcher, c’est réflexe ! D’ailleurs. rien que d’y penser… Ça aussi, c’est réflexe… Sa main se perd sous la couette. Enfin, façon de parler, elle sait exactement où elle va, sa main. Comme quoi, les mains…

Elle gémit, doucement, mais pas de douleur. Il s’agite dans son sommeil. Pff, il pense à qui, hein? Laurène? Carole ? Ah, le salaud… Elle, elle ne pense qu’à lui, qu’à ses mais qui la maintiennent en place, qui la punissent, qui la caressent, la cajolent… Sa respiration se fait haletante, elle frissonne et ferme les yeux. Elle imagine sa tête se perdant dans son cou, ses baisers sur sa nuque, ses mains qui la caressent, la bouche qui l’explore, sa peau contre la sienne…

«Julie ?»

Elle ouvre les yeux grand, surprise. Sa main se fige. Elle retient sa respiration quelques secondes. Il va se rendormir.

«Julie, tout va bien ?

—Oui, oui, mon coeur, rendors-toi

—Il est quelle heure ?

—Tôt, rendors-toi

—T’es sure?

—Oui…

—Tu veux pas un câlin ?

—Oh bah, si t’insistes…»

Comme quoi, certains jours commencent mieux que d’autres.

Plus fort

«Plus fort !

—Comme ça ?»

Elle gémit.

«Plus vite !

—C’est mieux ?»

Elle soupire, contente.

«Plus…

—Plus quoi ?

—Juste plus…

—Ça ne m’aide pas, ça…

—C’est toi le dom, hein…

—Oui enfin là c’est pour te faire plaisir…

—Oui… Hmm… Ah, là c’est bien… Encore…

—Sur les cuisses ?

—Non… Un peu plus haut…. Ah! Oui!…

—Et là ?

—Moui…

—Non ?

—C’est pas pareil…

—Bah oui mais c’est à peine rose, par là.

—Oui bah c’est mon cul, hein ; t’as dit que c’était pour me faire plaisir, pas pour l’esthétique…

—Oui oui…»

Elle souffle et serre les dents. Les claques se font plus dures, plus fortes, plus rapides. Il y va à pleine main, la serrant contre lui. Elle a le feu aux joues comme aux fesses, et elle sent ses larmes perler au coin des yeux. La chaleur se propage, radiant de ses fesses vers son ventre, ses cuisses, son bas-ventre. Elle gémit encore, halète et se cambre en rythme avec la délicieuse musique de sa main sur sa chair.

«Encore !

—J’ai pas arrêté…

—Ben n’arrête pas…

—J’en avais pas l’intention…

—Chut…

—Quoi ?

—Tais-toi… Et frappe…

—Non mais…

—Chut!

—Je suis pas un boucher, non plus…

—Oh s’il te plait…

—Je fais dans la finesse, moi…»

Elle pouffe. Avec ses mains de brute et son air d’ours mal léché, ça se saurait… Cela dit, il sait toujours exactement comment la rendre folle… De lui, de ses mains, de ce qu’il lui fait… Il en joue, en profite… Au moins autant qu’elle, vraiment. Le seul problème, c’est que quand il n’est pas fâché, il se retient. Il est mignon…

«Thomas ?

—Oui ?

—Deux choses…

—Oui ?

—Je t’aime.

—Moi auss-

—Mais plus fort, d’accord ?…»

La confiance règne

«Dis, tu me fais confiance?

—Euh… En général oui, pourquoi ?

—En général ?

—Bah quand tu me poses ce genre de question, je me demande un peu…

—Non non, c’est juste une question…

—Ah oui ? Juste une question ?

—Oui oui… Juste une—

—Juliiie ?

—Oui mon chérie d’amour ?

—Qu’est ce que t’as fait ?

—Mais, euh, rien !

—Qu’est ce que t’as pas fait, alors ?

—Je… Ne t’ai pas donné assez de bisous aujourd’hui, mon nounours adoré ?

—Mouais, tu vois Julie, j’ai de moins en moins confiance, là…

—Mais, mon roudoudou d’amour…

—Mmh, la confiance négative, ça s’appelle comment ?

—…

—Julie ? Il y a quelque chose que tu veux me dire ?

—Rien que je veuille dire, non…

—Et quelque chose que tu devrais me dire, alors ?

—Oui, je devrais p’têt…

—Parce que je serai encore plus fâché si je le découvre plus tard ?

—Tu n’es pas obligé d’être fâché, hein…

—Dis donc, ça doit être un sacré pot…

—Hein ?

—Ah bah oui, il doit être immense, le pot, vu le temps que tu mets à tourner autour…

—Dis, elle est un peu torturée, ta métaphore… Sadique va…

—Bon, comme les enfants, je vais compter jusqu’à trois…

—Rhoo, mais non…

—Un…

—Arrête, c’est la honte…

—Deux…

—S’il te plait…

—Tr-

—D’accooord! D’accord, stop!

—Alors ?

—J’ai p’têt oublié de payer la facture…

—Quelle facture ?

—Internet…

—Celle avec la relance ?

—Celle-là…

—Celle que tu m’as promis de faire le weekend dernier ?

—Oui…

—Celle qui dit que sinon on n’a plus internet ?

—Bah c’est la facture internet alors bon…

—Et ma réunion zoom demain ?

—Ben…

—Julie ?

—…

—Tu te fiches de moi ?»

Sans un mot, elle défait son pantalon et le baisse aux genoux, la culotte avec. Elle connait la chanson. Il lève les yeux au ciel. Il la prend sur ses genoux, la tient en place fermement.

«Franchement, t’es pas croyable…»

Il lève la main, profitant de la vue un instant. La première claque s’abat, brève et sèche. Elle gémit et serre les fesses.

«Ah ! Je le savais !» dit-elle, triomphante.

«Quoi ?

—Que tu me faisais pas confiance !

—Hein ?

—Rhoo, je l’ai payée, la facture…

—Quoi ?

—C’était pour voir si tu me faisais conf… Aïe ! Mais ! Aïïïe ! Arrête !»

Une centaine de claques et beaucoup de larmes plus tard, elle se love dans ses bras, la moue aux lèvres.

«C’est pas juste…

—Julie…

—C’était pas vrai…

—Exactement, c’était pas vrai, et les mensonges, Julie, c’est non !»

Gare à toi

Il jette un regard à la ronde, puis à sa montre. Il n’y a pas grand monde sur le quai. Il marche quelques pas et consulte l’écran pour la dixième fois. C’est le bon. Le train est à l’heure. Il regarde sa montre de nouveau. 10 minutes. Il se retourne vers le banc sur lequel il a posé son sac et le bouquet. Pas trop de risques qu’on le lui vole, mais sait-on jamais.

Il y a un petit couple assis sur un autre banc, un peu plus loin. Ils ont l’air heureux. Elle lui manque. Même pour quelques jours, c’est dur de ne pas l’avoir entre ses bras. Et les messages, ce n’est pas la même chose. Il regarde ce que propose la machine. Du sucre, en gros. Du sucre en barre, du sucre en gélatine, du sucre à boire… Bon, il ne va pas se la jouer ministère de la santé mais quand même… Il hésite à lui acheter du coca. Elle aime le Coca, allez comprendre. Enfin non, elle adore ça, plutôt. Elle fait des offrandes quotidiennes au dieu du Coca, il en est certain. Ce qu’elle y gagne, il n’en sait trop rien, mais ça a l’air de lui réussir. Un train passe sur la voie d’en face. Céréales. Ça n’en finit pas, wagon après wagon. Les gens, c’est dans des voitures, mais la marchandise, c’est des wagons. Il aime bien les trains. Pas au point d’en avoir rêvé quand il était gosse, mais il adore les voyages en train. Un jour, ils feront le Transsibérien, il en rêve. Ou l’Orient Express, sinon. Ou les deux.

Il regarde la machine de nouveau. Pas de coca, de toute façon ils vont aller manger tout de suite. Elle aura faim, et son estomac à lui a déjà commencé à s’auto-digérer. Il y a un jardin pas loin, il les y voit déjà, à l’ombre, sur un banc. Il a Brassens dans la tête, maintenant. Il s’assied. Pas longtemps, il a la bougeotte. Si elle savait, elle se moquerait. Il rajuste le plastique autour des fleurs. Ça fait très cliché mais il espère que ça lui plaira quand même, son homme qui l’attends sur le quai de gare, le bouquet à la main. C’est romantique, et il aime à croire qu’il l’est un peu. Il se lève et vérifie qu’il est au bon endroit. Ils sont bien gentils, à la SNCF, mais mettre les écrans à l’équerre par rapport au quai, ça n’aide pas à se repérer. Voiture 18, elle a dit. ABCD… Moui, ça a l’air d’être ça. Il rajuste sa chemise. Pfff, il est presque stressé, il se croirait revenu à l’adolescence. Cinq minutes. Toujours pas grand monde sur le quai. Tant mieux, il ne risque pas de la rater.

D’ailleurs, romantique ou pas, il ne va pas la rater, dans un autre sens. Elle n’est partie que quelques jours et ça a suffi pour qu’elle fasse son quota de bêtises pour le mois. Il va la faire mariner un peu. Prendre son temps pour rentrer à la maison. Il lui a dit de mettre une robe pour rentrer, et il compte bien en profiter. Les jardins, c’est plein de petits recoins isolés, et il a déjà pensé à quelques rues tranquilles par lesquelles passer. Puis, de retour à la maison, il a déjà posé une sélection d’instruments sur la table basse, devant le canapé. Elle sait qu’elle sera punie, elle ne sait pas comment ou à quel point, mais elle sait. Elle est obéissante, quand même, elle confesse toujours ses errements. Il lui fait confiance, et ça lui fait plaisir qu’elle soit honnête avec lui. C’est la fondation de leur couple, il aime bien le lui dire. Elle lui manque. Deux minutes.

Peut-être qu’il lui demandera de se changer avant, tiens. Mettre des petits dessous. Après tout, il n’y a pas que la fessée qui lui fait très envie, là, il y a une ribambelle d’autres choses. Il aime bien qu’elle garde son soutien-gorge, ses bas… Le côté un peu « bourgeoise dévergondée », il adore. Il se lève et rajuste son pantalon. Pff… Un ado… Il prend les fleurs et laisse son sac. Le petit couple s’embrasse. Allez, elle sera bientôt là. La fameuse voix de la SNCF tonne. Il voit le train au loin. À l’heure ; comme quoi, ça arrive. Il passe les fleurs dans son dos. Arrivé là, autant faire cliché jusqu’au bout, et comme ça elle ne les verra pas par la fenêtre en attendant sagement de descendre.

Le train arrive en gare. Il s’arrête. Les portes s’ouvrent, les passagers commencent à descendre. Il jette un oeil vers les autres portes, en espérant avoir choisi la bonne. Les secondes lui semblent longues. Il espère qu’elle ne s’est pas endormie. Il se mord légèrement la lèvre. Non, la voilà. Sa Julie. Elle a un grand sourire. Il le lui retourne. Qu’est-ce qu’elle est belle. Il lui laisse les fleurs et prend sa valise.

« Tu verras, j’ai tout prévu ! »

Luna

Elle essaye d’apercevoir ses yeux derrière ses lunettes de soleil. Elle se doute bien qu’il la fixe, et pas du regard un peu niais d’un amoureux transi. Elle incline légèrement la tête et tente de lui prendre la main. Il la retire.

« Ah non !

— Mais…

— Non.

— Mais si, viens…

— Julie, non, c’est non.

— Mais ce sera bien.

— Pour toi, oui.

— Mais ça va aller…

— Non. Tu peux y aller si tu veux, moi je reste là.

— Rhoo, mais allez, fais pas ta chochotte…

— Pardon ?

— C’est juste un manège, pfff… Regarde, il y a des gamins dessus…

— Et alors ?

— Des gamines aussi…

— Re et alors ?

— Ben…

— Oui ?

— Il est où mon mec tout dominant et tout sûr de lui ?

— N’importe quoi…

— Allez, ça va être marrant.

— Le mec tout dominant et tout sûr de lui avec du vomi plein la chemise, ça le fait moyen, Julie.

— T’es vraiment pas drôle…

— Non, mais je vais te regarder, vas-y.

— Ben, non, toute seule c’est nul.

— D’accord. Tu viens ?

— Où ?

— Ben plus loin ?

— Mais…

— Mais quoi ?

— S’il te plaît…

— J’ai dit non, je ne sais même pas pourquoi on en discute encore. Non, c’est non.

— Pfff…

— Julie, ça suffit.

— Julie, ça suffit… Pfff… »

Il se tourne vers elle et lui prend le bras.

« C’était quoi ça, Julie ?

— Euh…

— Ça te fait rire ?

— Non…

— Si tu veux faire ta gamine, je vais te traiter comme une gamine.

— Non non, je vais me tenir…

— Ça vaut mieux… »

Elle baisse la tête et la hoche légèrement. Il prend sa main et commence à s’éloigner.

« Tu veux vraiment pas ?…

— Bon, tu ne sais vraiment pas quand t’arrêter, toi. On va à la voiture.

— Non, non…

—  Oh que si.

— Non…

— Si. Ta brosse y est.

— Non non non non non…

— Oh si. »

Il la traîne presque jusqu’au parking. La voiture est un peu à l’écart. Comme par hasard, se dit-elle. Il pointe le sol du doigt.

« Tu restes là. »

Elle obéit, les bras croisés, tête baissée, le feu aux joues. Il jette un œil aux alentours. Personne de ce côté-ci du parking. Il ouvre la porte de la voiture, à l’arrière.

«Allonge-toi, et baisse ton jean.»

Elle murmure un « Non, s’il te plaît » qui reste sans effet et fait ce qu’il lui dit. Il a déjà trouvé la brosse. En général, il ne trouve rien quand elle lui demande de sortir quelque chose de son sac à main, mais là… Elle s’allonge, le pantalon à mi-cuisse. Il s’assied sur le bord du siège et tapote ses fesse du bout de la brosse. Elle ferme les yeux et le premier coup suit instantanément. Lourd, bruyant, douloureux. Elle déteste la brosse. Il enchaîne une dizaine de coups et se retourne pour vérifier que personne ne s’intéresse trop. La musique de la fête foraine couvre bien celui de la fessée, mais sait-on jamais… Personne. Il prend la brosse fermement et retourne son attention sur elle.

Elle sèche ses larmes en revenant à la fête foraine. Son jean est trop serré, ça frotte. Elle a mal. Lui est de bonne humeur, il avale une bouchée de barbapapa. Elle n’arrive pas à s’empêcher de se frotter les fesses, ce qui la fait gémir doucement. Elle a l’impression que tout le monde la regarde. Ils passent devant le manège sur lequel elle voulait aller.

« Bon…

— Oui ?…

— Juste une fois

— Tu aurais pu le dire la première fois, hein…

— Ce sera plus drôle de te voir t’asseoir comme ça…

— Sadique…

— C’est pour ça que tu m’aimes. »

Elle l’embrasse. Pfff, il a raison, en plus.

Vacances

« C’est une blague ?

— Ben…

— Je rêve…

— Ne te fâche pas…

— Julie. Tu as vérifié quatre fois que tu avais bien éteint le gaz, trois fois que tu avais bien fermé la porte d’entrée…

— Je sais mais…

— Je t’ai demandé si c’était bon, non ? Tu m’as dit que tu avais tout.

— Oui… Je sais…

— Mais… Comment on peut oublier sa propre valise ?

— Ben oui mais… Entre la tente, le pique-nique, ta valise, les sacs de rando, les chaussures…

— Ah bah ça, ton sac de chaussures, tu l’as, mais pas l’autre, quoi…

— Oui…

— Je ferais bien un commentaire mais ça risque méchant…

— Oui, non, on va éviter…

— Tu m’agaces…

— Je sais…

— Non mais là, tu m’agaces vraiment…

— Je sais…

— Arrête de dire que tu sais, ça m’agace.

— Je… euh… Oui, mon chéri…

— Bon… On fait comment, maintenant ?

— Ben…

— Pfff…

— Bah sinon, on peut faire du shopping, hein…

— Bah tiens, ça t’arrangerait bien…

— Te fâche pas…

— Ça fait quoi, deux heures qu’on est parti ? On va perdre quatre heures, quoi.

— Je s… Oui…

— Bah c’est super.

— On est pas pressé…

— Oh bah t’as raison, on va faire des tours de ronds-points pour s’occuper, aussi. Ça fera Disneyland.

— Arrête, s’il te plait…

— Tu m’énerves.

— Je ne t’agace plus ?

— Aussi.

— D’accord… »

Il prend la sortie suivante et fait demi-tour. Silence. Elle allume la radio. Ça capte mal. Elle voit son regard furieux dans le rétroviseur à chaque craquement. Elle éteint.

« Tu veux de l’eau ?

— Non.

— D’accord… Un biscuit ?

— Non, Julie, je ne veux pas de biscuit.

— Oui, mon cœur.

— Arrête.

— Quoi ?

— D’essayer de m’amadouer.

— Mais…

— Chut.

— Je sais que tu es fâché mais bon…

— Mais bon quoi ?

— Ben j’ai pas fait exprès…

— Et ?

— Et rien… C’était pas pour t’embêter, quoi…

— Tu m’as dit que c’était bon. Il faut toujours que je passe après toi ?

— Mais non, mais… »

Elle ne dit rien de plus. Elle a les larmes aux yeux. Elle tourne la tête et regarde le paysage défiler par la fenêtre. Il ne dit rien non plus, la mâchoire serrée. Trente minute. Pas un mot. Une heure. Elle se retient de pleurer. Au moins, s’il l’engueulait, ça passerait vite, là, le silence, c’est pire que tout. Ça commence mal, les vacances. Il met le clignotant.

« On s’arrête ?

— Oui.

— D’accord.

— Que tu dois d’accord ou pas, hein.

— C’est juste façon de parler…

— Je sais.

— Sois pas fâché comme ça… S’il te plaît… Je suis vraiment désolée.

— Rappelle-moi pourquoi on est parti tôt ce matin ?

— Pour éviter les bouchons…

— Et il va se passer quoi, maintenant ?

— On va tous se les taper…

— Voilà.

— Je peux conduire, si tu veux.

— C’est bon.

— D’accord… »

Ils s’arrêtent sur une petite aire de repos. Il se gare à l’ombre et éteint le moteur.

« Bon. On va s’occuper de ta fessée.

— Quoi ?

— Tu m’as très bien entendu.

— Mais…

— Mais rien du tout.

— On peut attendre d’être à la maison, au moins ? S’il te plait…

— Non. On est à mi-chemin et j’ai besoin d’une pause.

— Ben justement, il fau te reposer, mon chéri… Ça va te fatiguer…

— Incline ton siège jusqu’au bout et allonge-toi.

— Non, s’il te plaît… Ça va se voir.

— Il n’y a personne, ça va.

— Mais…

— Ne me fais pas répéter ou ce sera sur le capot, bien visible, même de la route.

— T’oserais pas…

— Tu veux tenter ta chance ?

— Non…

— Alors incline ton siège. »

Elle s’exécute, incline le siège et s’y couche tant bien que mal, les fesses un brin surélevées, offertes à ses douloureuses attentions. Il ne perd pas de temps et relève sa petite robe à fleurs avant de lui flanquer une première volée de claques par-dessus la culotte. Elle gémit doucement. La culotte se retrouve vite à ses genoux, pour le peu de différence qu’elle fait. Elle n’ose pas jeter un œil par la fenêtre pour vérifier que personne ne les voit. Les claques se font plus dures, sa respiration plus haletante. Elle ferme les yeux. Il continue, encore et encore, ses fesses, ses cuisses, il ne se retient pas.

Ils sont repartis. Elle gigote sur son siège, incapable de trouver une position confortable. Ses fesses brûlent. Bon, au moins il a allumé la radio et semble de bien meilleure humeur. Il lui en a promis une autre en arrivant à la maison. « Fichu pour fichu », qu’il lui a dit, « autant prendre notre temps, maintenant ». Quand ça l’arrange…

Chaleur

« J’ai trop chaud…

— Tu as ouvert la fenêtre dans la chambre ?

— Oui. J’ai trop chaud.

— Ben… Il fait chaud..

— Oui. Trop.

— Et ?

— Ben j’aime pas.

— Ah oui, ça je vois bien, mais qu’est ce que tu veux que j’y fasse ?

— Bah rien, je t’informe.

— Tu m’informe qu’il fait chaud ?

— Oui. Je fais miss météo aujourd’hui.

— Ah bah t’es presque aussi efficace que Météo-France, hein…

— Je ne sais pas trop comment je dois le prendre, ça… »

Il l’embrasse.

« Une douche fraîche, ça te dit ?

— Peut-être, si tu m’accompagnes…

— Ben oui je t’accompagne… C’est mon côté écolo, tout ça…

— Oui enfin… Quand tu t’y mets…

— Quoi quand je m’y mets ?

— Ben ça dure bien plus longtemps… Pas très écolo…

— Tu préfèrerais que ce soit fini en deux minutes ?

— C’est pas ce que j’ai dit… »

Elle l’embrasse à son tour. Il passe ses mains le long de sa robe. Il aime le tissu, il est doux. Il aime encore plus ce qu’il couvre. Elle frissonne malgré la chaleur lorsqu’il passe ses mains sous la robe et frôle sa peau en la relevant doucement. Il la passe par dessus sa tête et lui pose un baiser sur les lèvres, dans le cou, sur l’épaule. Elle défait les boutons de sa chemise un à un, la lui enlève, passe ses mains sur son torse. Il la guide vers la salle de bain à reculons, laissant leurs vêtements derrière eux au fur et à mesure. Il la serre contre lui. Ils entrent dans la douche.

« On avait dit fraîche…

— Ben c’est frais ?

— Julie, c’est sur 35 là.

— Ben oui, c’est le pôle Nord

— Baisse.

— Non… Prends-moi dans tes bras, ça te réchauffera.

— T’abuses…

— Attends, fais moi de la place.

— Mais…

— Fais attention, le shampooing va tomber là…

— Tu me fais un bisou ?

— Tu peux baisser le truc, là ?

— Le truc ?

— Pour le pommeau.

— Et mon bisou ?

— Oui oui, tiens…

— Dis donc, toi…

— Oui ?

— Il y a deux minutes tu étais toute câline et là…

— Rhoo, mais non…

— Un peu, hein…

— Tu baisses le truc ? »

Il s’exécute en roulant des yeux. Elle lui caresse le bras.

« Fais pas la tête…

— Je ne fais pas la tête… »

Elle se colle contre lui en minaudant.

« Tu veux un bisou ?

— Juste un ?

— Plus si tu veux…

— Je veux. »

Il la plaque contre le carrelage frais du mur, passe sa main sur son bas-ventre. Elle gémit doucement et passe ses bras à son cou. Elle aime ses mains qui la parcourent, qui l’explorent, qui lui font du bien. Elle aime le sentir en lui, elle aime voir l’effet qu’elle lui fait. Elle veut qu’il la serre, qu’il la prenne dans ses bras, qu’il la prenne tout court. Elle aime l’eau qui coule sur eux, ses mains qui glissent sur elle. Il la savonnera, il la caressera encore, mais d’abord, elle veut qu’il lui fasse l’amour. Elle se retourne, face au mur et presse ses fesses contre lui. Il lui prend les seins, fermement. Elle gémit. Ils sont  encore sensibles. Elle gémit à nouveau quand il rentre en elle, lâche un petit “Ah…”, tout en retenue. Elle l’aime.

Elle est sur le lit, allongée sur le ventre. Elle rêvasse. Il passe sa main le long de sa colonne et la pose sur ses fesses. Elle tourne la tête vers lui.

« Ben maintenant, j’ai froid…

— T’es sérieuse ?

— Oui… Il faudrait que tu me réchauffe…

— Ah, tu crois ?

— Oui, et puis j’ai un nouveau bulletin météo.

— Ah ? Et ?

— Ils prévoient une vague de chaleur sur mes fesses…

— Tu crois ?

— Indice de confiance : cinq…

— Si c’est officiel, je n’ai pas le choix… »

Il lève la main. Elle sourit déjà.

Été

Il est en vacances. Pas elle. Quand elle rentre le soir, il est content de sa journée. Il aime le calme. C’est un peu vexant, d’ailleurs. Il en profite pour faire un de ses fameux nettoyages de printemps. Bon, en plein été, mais c’est le même principe. Elle appréhende un peu à chaque fois. Tout ce qui traîne y passe, le tri est minimal. En général, elle fait attention à mettre certaines choses à l’abri. Il fait les placards, traquant ce qui est périmé ou qui va l’être bientôt. Il vide le frigo pour le nettoyer, dégivre le congélo… Les magazines qui ont plus de deux semaines, pouf ! à la trappe. Il garde juste les National Geographic et les Courrier International. Il ne les relit quasiment jamais, mais au cas où. Elle, son bazar organisé, elle le retrouve sens dessus dessous. Il lui parle de zen et de feng shui, elle pense surtout qu’il est un peu maniaque. Une place à chaque chose, chaque chose à sa place… C’est un peu rigide, quoi.

Mais au moins, il fait bien la cuisine, ça sent toujours bon quand elle revient. Il a le temps, hein. Il fait ses petites courses entre deux tours à la déchèterie, après son petit ménage. Elle pense qu’elle va lui trouver un tablier de cuistot, ça le fera marrer. Ou pas. Elle oui, en tout cas. Il est plein d’énergie quand elle rentre, plein d’attentions. Elle, elle est crevée. Il fait trop chaud au bureau, ça la fatigue. Les clients sont casse-pieds, sa cheffe est pire —le divorce se passe mal— ce n’est pas une bonne période. Elle pense aux vacances qui arrivent bientôt. Elle a hâte. Changer d’air, se retrouver tous les deux, dormir, rester traîner au lit toute la journée, se faire des bisous, des câlins… Oui, elle a hâte. Ça fera du bien à son humeur aussi, qui est plutôt du côté « massacrante » du cadran.

C’est sans doute pour ça qu’elle est en travers de ses genoux, encore. Elle a fait la tête toute la soirée, et il n’a pas aimé. Elle a peut-être eu des mots un peu déplacés, aussi. Enfin, c’est vrai qu’il faisait un peu chier, quoi…

« Pardon ?! »

Ah. Elle a pensé tout haut.

« Non, je veux dire… Euh…

— Tu veux dire que je te fais chier, oui.

— Non, puis euh, suer, hein, s’il te… Aaaaaaïe ! »

Elle l’a bien sentie, celle-là. Les robes d’été, ça ne sert à rien. Il la tient en place. Sa main continue son va-et-vient. Droite, gauche, droite, gauche… Apparemment, le ménage, ça muscle. Il a le sens du rythme, en plus, un vrai métronome.

« Tu ne manques pas d’air, Julie…

— Mais non mais…

— Mais quoi ?

— Je le pensais pas, je… euh…

—  Tu pensais tout haut, non ?

— Oui…

— Mais tu ne le pensais pas ?

— Hum…

— Je t’écoute ?

— C’est pas ce que tu crois…

— Ah non ? Ce n’est pas de moi que tu parlais ?

— Euh… Je peux te mentir ? »

Il relève la robe d’un geste brusque. Apparemment, la réponse est non. Elle sent juste le petit coup d’air frais sur ses fesses déjà roses. Elle n’en profite pas longtemps. Il passe un doigt le long de sa culotte pour la rajuster —l’esthétique, il aime— et il recommence à la fesser.

«  Je sais que tu es fatiguée…

— Oui…

— Mais ça n’excuse pas tout

— Je sais…

— Ça ne te donne pas le droit d’être désagréable.

— Je sais…

— Insolente… Insultante… »

Il ponctue ses mots de claques bien senties, à pleine main. Elle aime caresser ses bras, elle aime sentir ses muscles sous sa peau, mais là, elle sent bien le poids desdits muscles derrière la main qui tombe sans relâche sur sa croupe.

« Tu me fais mal…

— Tu crois ?

— Voui…

— C’est peut-être voulu…

— Oh bah non, c’est pas ton genre…

— Et c’est quoi, mon genre ?

— Le genre ours…

— C’est-à-dire ?

— Ben… Bourru, poilu, mais tout doux…

— C’est une peluche que tu veux, en fait ?

— Ah bah aussi, oui… »

Elle gémit. C’est bien gentil de faire de l’humour, mais pendant ce temps-là, il ne ralentit pas la cadence, et il ne faiblit pas. La muscu, c’est fini ; elle va lui dire. Elle tient un minimum à ses fesses.

« S’il te plaît…

— Je t’ai dit que c’était fini ?

— Non…

— Alors, tu pense que tu as été assez punie ?

— Je… Si je dis oui, tu ne vas pas être content…

— Tu commence à avoir l’habitude, hein…

— Oui…

— Tu crois que c’est une bonne chose, Julie ?

— Non… Mais…

— Mais ?

— Je suis beaucoup plus sage qu’avant…

— Oui…

— Et je suis fatiguée…

— Moui…

— Alors, euh… Un peu de clémence, ce serait bien…

— Ah, tu crois ?

— Oui… Puis… ce n’était pas si grave…

— Ah. C’est toi qui décide de ce qui est grave ou pas, alors ?

— Non, non… »

Il joue avec l’élastique de la culotte.

« Non, s’il te plaît… Je serai sage, je serai toute gentille…

— C’est ce que tu dis à chaque fois…

— Je te le promets… »

La culotte descend.

« Non… Non, s’il te plaît… »

Elle la sent glisser le long des ses fesses, le long de ses cuisses. Elle gémit.

« C’est pas juste… »

Il la retire complètement et lui claque les fesses une dernière fois.

« Au coin.

— Quoi ?

— Tu m’as très bien entendu.

— Mais pourquoi tu me l’as enlevée ?

— Parce qu’à partir de maintenant, tu n’en porteras plus.

— Hein ? Ah non ! Il fait chaud, je suis en robe ou en jupe tous les jours, là…

— C’est ballot, hein ?

— T’as pas le droit…

— Ah non ?

— Non…

— T’es sûre ?

—…

— Je me disais bien.

— Mais…

— Oui ?

— Jusqu’à quand ?

— Au moins jusqu’aux vacances…

— T’abuses…

— T’adores ça.

— Oui mais t’abuses quand même…

— Il me semble que je t’ai dit d’aller au coin.

— Je suis bien sur tes genoux, au final…

— Ah oui ?»

Il lui caresse les fesses, doucement. Elle fait la grimace et frémit un peu. Les cuisses, les hanches. Elle soupire doucement, un sourire aux lèvres.

« Oui…

— Tu crois que de la crème ça pourrait aider ton humeur ?

— Peut-être, hein…

— Et plus de caresses ?

— Ah bah oui, hein…

— Et quoi d’autre ?

— Ben… Ma culotte ? »

Il lui passe la main entre les cuisses.

« Si c’est pour la salir, jeune fille, ce n’est pas la peine… »

À vos marques…

Elle se tourne, tord son cou, tire sur sa culotte. Nooooooon… C’est pas possible, elle n’y crois pas. Pourtant, elle commence à avoir l’habitude des belles marques. Mais là… C’est jaune, c’est bleu, c’est mauve, c’est sombre, c’est… Beau ?

Elle se plaint, elle lui dit qu’il abuse, franchement, il pourrait y aller un peu plus soft. Il sourit. Ah bah il est fier, en plus ? Pfff… Elle rouspète, elle souffle, mais elle est contente. Les marques, c’est aussi son appartenance. Elle est à lui. Elle ne l’appelle pas maître, elle n’est pas “sa soumise” ou son esclave, comme elle le lit par ailleurs, mais elle est sienne. Ils ne suivent pas de codes, ils n’ont pas signé de contrat. Les cases, elle n’aime pas ça, les normes, elle s’en fiche un peu. Ils sont comme ils sont et ça lui va très bien.

Elle a quand-même un safeword, au cas où, mais elle lui fait confiance. Il sait ce qui lui faut, et même s’il est sévère, il n’est jamais méchant. Elle l’aime. Il l’aime. Ils s’aiment. Rhoooo, les clichés à l’eau de rose… Mais elle est contente, elle est fière, quelque part, même si elle regrette les bêtises.

Mais quand même… Il y n’y a pas été de main morte… Et elle aime ça… Elle en veut encore. Elle passe la main sur ses fesses. Bon, en fait, ça pourra attendre. Mais juste quelques jours.